Semaine italienne au Square : ROSETTA LOYLe Square - Grenoble
Vendredi 23 Mai 2008
Rosetta Loy est née à Rome en 1931, de père piémontais et de mère romaine. Elle a d’abord été journaliste puis traductrice de Roland Barthes ou encore d’Eugène Fromentin. Son premier livre publié est La bicicletta ( la bicyclette ) en 1974 qui obtient le prix Viareggio Opera Prima. Viendront ensuite en 1976 La porta dell’acqua ( La porte de l’eau ) puis en 1984 All’insaputa della notte ( A l’insu de la nuit).
Le strade di polvere ( Les routes de poussière ) remporte en 1987 quatre prix littéraires. Rosetta Loy est devenue au fil des années et des parutions une figure majeure de la littérature italienne. Sa prose légère et grave, son humour, son attachement tout particulier aux détails, son style élégant et sensible, la façon inimitable qu’elle a de faire découvrir au lecteur la profondeur des choses au fil d’un quotidien à l’apparente transparence font d’elle un écrivain remarquable.
Dans Noir est l’arbre des souvenirs, bleu l’air , son dernier roman, Rosetta Loy, elle-même issue de la riche bourgeoisie romaine, nous entraîne dans une famille industrielle romaine durant la seconde guerre mondiale. Comme dans beaucoup de ses romans, elle entrelace histoire individuelle, quelquefois puisée dans sa propre vie et histoire collective. Excellant dans la description des époques, des lieux, elle fait revivre pour nous les grands moments de l’histoire italienne. Le fascisme dans Madame Della Seta aussi est juive , qui nous conte la destinée d’une famille juive et nous interroge sur le silence du Vatican dans ces terribles moments. Mais aussi le monde paysan à travers la saga familiale des Routes de poussière . Ou bien encore les scènes de guerre en Libye. Pourtant l’intime est la trame presque essentielle des romans de Rosetta Loy. Le début de la guerre pour les adolescents d’une famille bourgeoise dans La bicyclette est à jamais indissociable de leurs premiers amours, de leurs études, des moments magiques et anodins qui constituent chacune de leurs journées. La guerre est là et l’horreur aussi mais elle ne pèse que légèrement sur ces grands adolescents qui jouissent de privilèges réservés à une minorité.
Rosetta Loy, c’est cela, cette capacité à dire en douceur, à faire palpiter ce qui constitue l’essentiel des vies. Son talent d’évocation, son ton tour à tour grave ou tendre, cette extrême acuité à saisir les gestes, les attitudes qui disent que malgré tout, c’est la vie dans ce qu’elle a de plus anodin et de plus essentiel qui domine chacun, ce regard si subtil, tous les romans de Rosetta Loy en sont empreints. Il y a chez elle une vraie lucidité, exempte de jugement ou de morale mais toute entière imprégnée d’humanité.

Sa vie, l’Italie, sa famille, ce qu’elle a vu, ce qui a marqué son enfance ou sa jeunesse sont la matière même de ses romans, ils sont la source à laquelle elle a puisé pour construire son oeuvre. Pour la première fois, dans La première main , qui vient de paraître, Rosetta Loy va dire “Je”. C’est à un magnifique autoportrait qu’elle nous invite. Autoportrait émouvant mais pudique qui dévoile les premières années d’une petite fille très protégée mais qui vit de multiples drames, dont, avant sa naissance, le refus de la mère à l’annonce de cette maternité non désirée. On y croisera la première nourrice et les différentes gouvernantes. On suivra Rosetta en pension et dans les différentes maisons ou villégiatures de la famille. Peu à peu se dévoilent les clés d’une oeuvre et vient s’inscrire, à jamais préservée, l’image indestructible d’un père, cette “première main” tant aimée.
Rosetta Loy sera à la librairie le vendredi 23 mai ainsi que sa traductrice Françoise Brun