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Littérature étrangère
Samedi

Ian McEwan
Gallimard

21 €

Que ceux qui ont aimé l’élisabéthain Expiation paru voici 3 ans s’apprêtent à lire à présent un tout autre livre. Samedi, le nouveau roman de McEwan, est un texte férocement contemporain aux allures de chef d’œuvre dont la modeste ambition pourrait se résumer à traiter près de 24 heures de la vie d’Henry Perowne, neurochirurgien brillant d’une cinquantaine d’années, un samedi de février 2003.

Un samedi type, ou à peu près. Il y a la partie de squash qu’il ne manquerait pour rien au monde en compagnie de son anesthésiste d’ami Jay Strauss, et la visite déprimante à la maison de retraite où se trouve sa vieille mère atteinte de l’insatiable maladie d’Alzheimer qui dévore sa mémoire et les laisse, son fils et elle, tels deux inconnus aux conversations parallèles dans une chambre hors du temps. Au moins celle-ci a-t-elle la chance de ne pas partager avec lui et quelques millions de ses concitoyens l’inquiétude liée à la dangereuse agitation du monde en ce début de XXI° siècle traumatisé par les attentats du 11 septembre 2001. Cela est d’autant plus vrai en ce jour frileux que la Grande Bretagne s’apprête à suivre les Etats-Unis dans leur guerre aventureuse en Irak et que Londres est foulée par des centaines de milliers de manifestants pacifistes qu’Henry croise et recroise au gré de ses déplacements, confortablement installé derrière le volant de sa Mercedes S500.

Mais la carrosserie d’une limousine vous protège-t-elle d’événements extérieurs à cette bulle familiale que vous vous êtes efforcé de construire votre vie durant ? Assurément non. Et même doublement non. D’abord parce qu’Henry n’est pas sourd au chaos du monde. Il entend ces cris de haine venus du Proche Orient qui troublent et percent l’agréable symphonie schubertienne dont l’habitacle verrouillé de son véhicule est empli. Et si lui-même ne bat pas le pavé avec la masse en colère, c’est qu’il juge d’une complexité extrême le cours des choses et se trouve incapable de décider quelle attitude adopter face à lui. Ensuite parce que lors d’un accident, une carrosserie, ça s’abîme et vous oblige à sortir de votre véhicule à vos risques et périls afin de constater les dégâts et d’en discuter avec votre partenaire d’infortune. Aussi un accrochage fâcheux va-t-il obliger Henry à se frotter à un certain Baxter, petite frappe prête à lui casser la gueule sur le champ et dont il va se débarrasser - mais un temps seulement - d’une manière que seul un neurochirurgien pouvait se permettre.

Ainsi va cette journée D’Henry Perowne jusqu’à son terme, balançant entre le pessimisme le plus noir et cette volonté farouche de ne pas se laisser gâcher les plaisirs matérialistes les plus simples de la vie, tel ce dîner familial prévu de longue date vers lequel est tirée toute la narration Et le moment venu, devinez qui va semer la panique de Baxter ou de la guerre ? Peut-être les deux ?

traduit de l’anglais par France Camus-Pichon

François Reynaud

(Article initialement paru dans le numéro d’octobre du magazine Page)

Lucioles - Vienne, le 19 décembre 2007

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