Littérature étrangère
Retour en terre

Jim Harrison
Christian Bourgois
324 pages Traduit de l’américain par Brice Matthieussent
23 €

Époustouflant ! Cette fois encore le grand Jim nous bluffe. À soixante dix ans il nous offre un très grand roman.

Que les amateurs de cet amoureux de la nature, des grands vins, des plats goûteux et roboratifs se jettent, en toute confiance, sur ce bouquin. Ils vont savourer un Jim Harrison en grande forme. Quant aux autres, ceux qui n’ont encore jamais lu Jim Harrison, je serais bien surpris s’ils résistaient à ce Retour en terre.

Donald, 45 ans, un sang-mêlé, est très malade. Il se sait condamné. Avant de partir, il raconte, , à la demande de sa femme Cynthia, sa vie et celle de ses ancêtres, certain que cette transmission aidera ses deux enfants, Herald et Clare, à trouver un équilibre de vie lorsqu’il ne sera plus là.

Nous voici embarqués dans l’histoire de trois générations de métis - mélange de Finnois, de Cornouaillais, d’Italiens et de Chippewas - qui s’implantent dans le Michigan. Donald est un conteur exceptionnel par son talent mais aussi du fait qu’il est dénué de certitudes, qu’il est hanté par ses mauvaises conduites passées.

Une fois Donald disparu, ceux qui l’ont aimé viennent témoigner. D’abord Kenneth qui, détestant son prénom, se fait appeler « K ». C’est lui qui initiera sa cousine germaine, Clare, au métier de costumière pour le cinéma. K compare Donald à un remorqueur à sa forme trapue et à son immense puissance : il est lent à accélérer mais il manifeste alors une énergie irrésistible. Puis David, le frère de Cynthia, qui nous apprend que, depuis le décès de son père, Clare souffre d’une grave dépression. Elle dort dans la salopette de son père, et, en accord avec la croyance indienne, hiberne pour approcher l’esprit de son père. Enfin, Cynthia, au passé douloureux qui s’est enfuie adolescente avec Donald, l’homme, de tous les hommes, qui ressemblait le moins à son père. Un an après le décès de Donald, au cours d’une marche dans des dunes, Cynthia et Clare découvrent un gros ours se gavant de fraises sauvages qui, en les voyant, se dresse sur ses pattes arrière et émet un grondement sourd. La mère et la fille pensent la même chose. Est-ce lui ? Est-ce lui ? Est-ce Donald qui nous salue, qui nous adresse un ultime adieu ?

n.b. Et si vous voulez vous offrir d’autres tranches de Jim Harrison je vous signale la réédition de Jim Harrison de A à X (Christian Bourgois. Collection : titres. 320 p. 8 €) par son traducteur qui est aussi un fin connaisseur de son œuvre, Brice Matthieussent, ainsi que la parution en format poche de L’été où il failli mourir (10/18. 7,80 €) et de Aventures d’un gourmand vagabond (10/18. 368 p. 7,80 €). De quoi assouvir votre faim de grands espaces littéraires.

Jacques Griffault, Le Scribe

Initiales, le 19 décembre 2007

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