Josef Bor

Requiem de Terezin de Josef Bor

Éd. Du Sonneur
Traduit du Tchèque par Zdenka et Raymond Datheil
15 €
 

Voici un court texte écrit en 1963, publié en France en 1965 et depuis longtemps introuvable jusqu’à ce que les jeunes éditions du Sonneur le rééditent il y a deux ans pour en faire le titre phare de leur précieux catalogue.

D’un écrivain Tchèque dont la femme et les enfants furent déportés, ce Requiem de Terezin raconte l’incroyable et pourtant véridique histoire d’une folie d’artiste en pleine démence barbare. En novembre 1941, dans le ghetto de Terezin, Raphaël Schächter, pianiste et chef d’orchestre renommé, décide de monter le Requiem de Verdi en faisant appel aux nombreux artistes et autres simples amateurs de musique qui composent en nombre ce camp et en font sa particularité. Aux termes de longs mois d’efforts, ne se décourageant pas de voir son chœur et son quatuor de solistes régulièrement décimés aux rythmes des convois en partance pour les camps de la mort, complètement habité par ce projet érigé comme un acte de résistance délirant face à cette trop rationnelle machine à tuer nationale-socialiste qui finira par l’emporter en 1944, Schächter parvient à donner une représentation unique et magistrale de cette œuvre reconnue comme extrêmement difficile.

Avec une économie de moyens remarquable et un ton non dépourvu d’humour comme pour faire la nique au destin, Josef Bor nous fait revivre cette épopée lyrique et carcérale en un parallèle fascinant entre le désir de justice de ces malheureux promis à la mort et le Requiem de Verdi dont la force imprécatoire lancée à la gueule du mal vous glace l’échine. Ce faisant, il impose ce texte aux côtés des plus grands de la littérature mondiale touchant à l’Holocauste.

François Reynaud, librairie Lucioles.

Lucioles - Vienne, le 19 décembre 2007