Hanif Kureishi

Quelque chose à te dire

Ed. Bourgois
Traduit de l’anglais par Florence Cabaret
23 €
 

D’origine pakistanaise, Jamal est un psychanalyste londonien d’une cinquantaine d’années qui jouit d’un certain succès. Divorcé, père d’un adolescent en manque de repères, il vit tant bien que mal sa vie de vieux beau nonchalant entre sa sœur Myriam, énorme bonne femme couverte de piercings qui règne sur toute une marmaille de banlieue, et son vieil ami Henry, metteur en scène fameux, présentement au bord de la dépression. Séparé de Josephine, son ex femme avec laquelle il entretient des rapports aussi cordiaux que possibles, Jamal ne peut s’empêcher de penser à Ajita, son seul véritable grand amour, qu’il connut à 20 ans et qui disparut un beau matin, voici une trentaine d’années, le laissant le cœur brisé à jamais et sans aucun moyen de la retrouver. Pourquoi cette disparition aussi soudaine que mystérieuse ? Ça, c’est le douloureux secret que porte en lui Jamal et il a tout intérêt à ce qu’en aucune manière il ne s’évente un jour…Mais tout va basculer un jour lorsque deux témoins de ce passé réapparaissent, menaçant de mettre en péril l’équilibre précaire de toute une vie à peu près bien menée. Quelque chose à te dire est un roman d’une générosité dévastatrice. Tout au long de ces 570 pages, Kureishi jongle avec une pléiade de seconds rôles hauts en couleurs et bouleversants d’humanité jusque dans leurs délires et leurs détresses les plus extrêmes. On pense à la puissance narrative d’un John Irving parfois, mais un John Irving pakistano-british, et cette nuance qui n’en n’est pas une a une grande importance en cela qu’à travers cette histoire qui s’étale sur plus d’une trentaine d’année, c’est tout un pan de l’histoire contemporaine britannique qui défile sous nos yeux pour en dire le rapport douloureux qu’entretient l’ancien empire avec ses enfants issus de l’immigration. Sans aucune longueur (contrairement à cet article)* Kureishi parle de sexualité, de racisme et de la famille faisant preuve plus souvent qu’à son tour d’un humour ravageur comme pour mieux désamorcer la gravité d’une réalité préoccupante. Peine perdue d’ailleurs puisque ce roman dont l’origine se situe dans les années 70 se terminera avec les attentats sanglants de Londres en juillet 2005.

Lucioles - Vienne, le 1er septembre 2008