Petit homme tu pleures
François Koltès
Ed. Galéaade
16,90 €
[Chronique d’une France fébrile au temps de la guerre d’Algérie, François Koltès écrit la beauté du dur métier de vivre avant de renverser sa table d’un éclair de colère.]
D’abord une parade militaire dans les rues glacées d’une ville du nord est de la France. Les troupes du général Massu battent le pavé, fières du travail accompli dans les colonies. Nous sommes en 1961, le pays est en guerre et, seule effrayée par ce spectacle, Jeannette se demande avec une pointe d’horreur si Gabriel, son Gabriel, là-bas, peut bien être comme eux. Petit homme tu pleures est un texte que l’on ne voit pas démarrer. Après cette scène martiale va se succéder, par petites touches, une série de portraits d’hommes, de femmes et d’enfants habitant cette ville. Ce sont des gens de peu qui, loin de l’Histoire font leur vie comme ils le peuvent, tentent de s’aimer, composent avec leurs échecs et leurs reniements, et mettent leurs espoirs à l’épreuve du quotidien. Ces portraits tout en pudeur et en non-dits sont de petits bijoux et, si l’on ne sait pas tout de suite où l’auteur veut en venir, on sent très vite que tout cela sent le drame à plein nez, comme une odeur de sang avant même le premier coup de feu claqué. Petit homme tu pleures se terminera effectivement en un terriblement banal fait-divers qui résonne pourtant sous la plume de François Koltès comme un cri de colère et de beauté à l’adresse de l’humanité toute entière.
Lucioles - Vienne, le 1er septembre 2008