Olivier Rolin

Mardi 28 Octobre 2008 - 18h30
Le Square - Grenoble
 

Olivier Rolin, Un Chasseur de lions, Editions Seuil

Né en 1947 à Boulogne Billancourt, lycéen à Louis Le Grand, normalien, Olivier Rolin est venu à la littérature tardivement après des années d’engagement dans l’organisation de la Gauche prolétarienne dont il fut le chef de la branche armée clandestine. Ses années Mao, Rolin en a fait une sorte de bilan dans Tigre en papier paru en 2002, qui évoque le jeune militant des années 70 et pour lequel il frôle le prix Goncourt. Mais auparavant, il se sera fait connaître du grand public avec Port Soudan qui obtient le Prix Femina en 1994. Livre d’un échec, écrit dans une langue très classique et dépouillée Port Soudan rompt pour un temps avec le projet extrêmement ambitieux qui présidait à L’invention du monde, paru en 1993, ce désir d’englober l’histoire et la géographie du monde en un seul livre, donnant ainsi à l’écriture un pouvoir de maîtrise sur l’univers. Editeur, Journaliste à Libération et au Nouvel Observateur, Rolin en fait n’a cessé de s’interroger dans son oeuvre sur l’histoire et sur la marche du monde.

Profondément marqué par ses années révolutionnaires, il tente par l’humour de mettre une forme de distance entre son passé et lui, de regarder avec ironie le jeune idéaliste de ces années là. La littérature lui permet de parcourir encore et encore le monde, attentif à ce qui bouge, aux mouvements de l’histoire et des hommes mais avec le regard ambigüe et complexe d’un narrateur qui peut s’en extraire. En éternel aventurier, Olivier Rolin construit une oeuvre littéraire originale dans le paysage français. Son écriture est belle, pleine et ample, souvent foisonnante et baroque, ailleurs épurée.

Et Un chasseur de lions qui vient de paraître ne démentira pas cet avis. Construit subtilement, le dernier roman de Olivier Rolin met en scène en parallèle trois personnages. Tout d’abord figure centrale du roman, mais peut-être pas la plus importante, Eugène Pertuiset, Le chasseur de lions, celui que le peintre Manet a immortalisé dans le fameux tableau qui donne son titre à l’ouvrage. Puis Manet, le peintre plein de finesse et d’intelligence qui révolutionna la peinture de son époque. Et enfin, le narrateur, ou le romancier, en l’occurence il s’agit de la même personne. Celui qui fait le lien, entre les époques, les gens, les lieux, celui qui tel un démiurge nous fait voyager du XIXème au XXème et au XXIème siècle, nous faisant revoir les mêmes lieux, mais pour les uns dévastés, pour les autres méconnaissables ou bien pour certains, simplement inchangés. Olivier Rolin, maître dans l’art de la digression et de l’association nous balade entre ses personnages, revisitant l’histoire et les gens en un éblouissant récit. Paris, les Grands boulevards, Lima, Pérou, Santiago du Chili, Valparaiso, Eugène Cros, le grand poète, Mallarmé, les salons parisiens et au milieu, Pertusier, énorme et vulgaire, touchant et détestable, grotesque remake de Tartarin de Tarascon, protégé totalement incongru du peintre parisien décrié par son époque. Et ces notes mélancoliques sur le temps, ces moments où le tourbillon de la vie, l’énergie qui donne son rythme au roman laisse la place à une évocation plus sensible, à une réflexion sur le fil ténu des souvenirs et sur ce qui perdure. Un chasseur de lions, c’est tout cela, plus encore la Commune de Paris, des personnages incroyables, des aventures rocambolesques, des anecdotes étonnantes, des références multiples, des clins d’oeil extravagants. Sans oublier les magnifiques titres des chapitres qui nous invitent aussi à voyager à travers un bestiaire remarquable.

Bref ! Une formidable réussite. Et la promesse pour vous d’une lecture délectable.