Edgar Hilsenrath

Nuit

Attila
Traduit par Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb
25 €
 

 

Il est bien difficile d’exprimer clairement ce que l’on a ressenti à la lecture de Nuit, d’Edgar Hilsenrath. Dégoût ? Empathie ? Fatalisme ?
 
Partant de sa propre expérience du ghetto - sans pour autant nous livrer un récit autobiographique - Edgar Hilsenrath nous plonge dans la vie du ghetto de Prokov. On y suit Ranek, et tant d’autres, dans son quotidien : celui d’un homme qui tente par tous les moyens de survivre. Tous sont en sursis, seuls les plus malins (les plus fourbes ?) ont une chance de s’en sortir. Au fil des pages on découvre avec accablement l’ironie et le grotesque qu’utilise Edgar Hilsenrath pour peindre la réalité cruelle de ces hommes (et ces femmes) en perte d’humanité. Passé ce malaise, plus rien ne nous étonne venant de ces êtres opérant eux-mêmes leur sélection naturelle, prêts à tout pour grapiller une épluchure, une place, une journée de vie en plus.
 
L’écriture d’Edgar Hilsenrath est simple, froide et détachée, ce qui rend le récit d’autant plus puissant. Merci aux éditions Attila d’avoir permis la (re)découverte de cette oeuvre majeure, trop longtemps censurée !
 
Alix Mutte - Le Bateau Livre - Lille

Fuck America d’Edgar Hilsenrath, lauréat du Prix mémorable 2009 remis par les librairies Initiales. Découvrez Le Nazi et le barbier d’Edgar Hilsenrath


 

 Que vous ayez lu ou non, aimé ou non Le Nazi et le Barbier ou Fuck America la lecture de Nuit s’impose comme une nécessité. Car ce roman, né de l’expérience personnelle d’Hilsenrath du ghetto, est la clé de voûte de son œuvre, la pièce maîtresse qui éclaire l’ensemble et lui donne tout son sens.
 Ranek, le personnage central, en luttant pour sa survie, éprouve les limites de l’humanité. Il découvre que l’on peut rester un homme même en ayant basculé de l’autre côté, au-delà de toute dignité.
 Le plus fascinant dans ce roman c’est qu’il parvient, avec une sobriété admirable et sans jamais se laisser tenter par la complaisance, de nous introduire dans un monde qui n’est plus le nôtre, bien qu’il demeure encore ressemblant. Est-on dès lors sur une autre planète ? Question lancinante que pose entre les lignes le récit, comme pour tenir à distance l’horreur. Nuit n’épargne pas son lecteur, il l’éprouve et l’oblige à un effort de conscience et de regard qui le grandit tout simplement.
 
Claire Strohm - Au Moulin des Lettres - Épinal

La nuit de Edgar Hilsenrath , publié chez les excellents éditeurs Attila, rentre dans cette catégorie des textes sombres, dures et denses. N’ayant pas particulièrement apprécié les deux premiers opus, je me suis poussé pour me lancer. Et je n’ai pas regretté car c’est en virtuose du récit que l’auteur dépeint ce monde sans espoir ( nous sommes en Roumanie pendant la seconde guerre mondiale dans le ghetto de Prokov) et le cynisme de Hilsenrath fait merveille dans ses descriptions d’une population prête à tout pour manger, mendier un quignon de pain dur ou des restes d’épluchures. Il ne reste plus grand chose d’humain chez ses déportés, à part leurs squelettes qu’ils trimballent, errants, inlassablement à travers les rues de la ville. On pourrait s’insurger contre ces descriptions si on ne savait que l’auteur a vécu cette période dans un ghetto et a miraculeusement survécu à cette terrible période. Rarement un texte sur le ghetto aura atteint cette force.

 

Marielle Dy - Les Petits papiers - Auch

 

 

 

Au moulin des Lettres - Epinal, Le Bateau Livre - Lille, Les petits Papiers - Auch, le 30 janvier 2012