Mon traître
Sorj Chalandon
Grasset
275 pages
17,90 €
En 2005 Denis Donaldson, une des grandes figures de l’IRA, reconnaissait trahir depuis 20 ans l’organisation pour les services secrets britanniques. Quatre mois plus tard, il était retrouvé mort. Ce traître, Sorj Chalandon, alors grand reporter en Irlande du Nord pour Libération, était son ami. Mon traître est le roman de cette trahison.
Mon et non pas le, car la trahison pose la question de la parole donnée. Que reste -t-il d’une amitié si l’autre a trahi ce pourquoi il combattait ? Et quelle douleur quand on découvre qu’un traître n’est pas une figure tapie dans l’ombre mais un ami qui vous serre dans ses bras. Sorj Chalandon a bien trop de pudeur pour livrer un témoignage. De cette déflagration, il donne un roman à la première personne. Dans sa position, un luthier parisien. Un homme solitaire, peu à l’aise avec les mots ( anglais comme français) qui tombe en amitié avec des Irlandais dans les années 70 et épouse leur cause avec la même abnégation qu’il a appris son métier. Une cause belle et héroïque par le sacrifice de ses combattants. Sorj Chalandon va soumettre son personnage au même choc mais, pouvoir de la fiction, il lui laisse la possibilité d’affronter une dernière fois son traître. Autopsie d’une blessure, ce roman réussit à dire en peu de mots l’amitié.
Sorj Chalandon a été journaliste Libération. Ses reportages sur l’Irlande du Nord et le procès Klaus Barbie lui ont valu le prix Albert Londres en 1988. Il a publié chez Grasset , Le petit Bonzi (2005) et Une Promesse (2006, prix Médicis).
Nicolas, Le Square
Le Square - Grenoble, le 14 février 2008