Les yeux des chiens ont toujours soif
Georges Bonnet
Le temps qu’il fait
139 pages
16,00 €
Emile, ébéniste à la retraite, n’aime rien tant que marcher à travers la ville, des heures durant. Un jour, lors d’une halte dans un parc, il fait la connaissance de Louise, ancienne professeur de piano, encore toute bouleversée par la mort de sa vieille mère. Petit à petit, ces deux septuagénaires, rongés par l’ennui et la monotonie de leur vie quotidienne, vont apprendre à se connaître, partager un déjeuner, jusqu’à ce que, presque naturellement, Emile s’installe chez Louise... Nul sentimentalisme, pourtant, dans ce très beau roman, extrêmement pudique. Tout est suggéré, à travers la rencontre de deux âmes esseulées, qui croyaient ne plus jamais sentir leurs regards se troubler, leurs cœurs tressauter. Et lorsqu’un troisième personnage entre en scène, la petite mécanique bien huilée de ce vrai faux couple se dérègle imperceptiblement, et l’espoir d’un bonheur entrevu leur file alors subrepticement entre les doigts... Car on ne trouve pas trace des cris, des pleurs ou des gestes brusques dans ce texte : seulement des silences, la tristesse et la mélancolie de ces cœurs solitaires. La grande force de ce roman est d’arriver à rendre palpitante cette banalité du quotidien ("le temps bouge à peine (...), tout paraît immense quand il n’arrive rien"), à retranscrire, dans une langue simple mais empreinte de poésie, les sentiments que ces personnages, vu leur âge, ne croyaient plus pouvoir éprouver : une petite étincelle, ténue mais bien vivante, comme l’espoir des moments précieux qui restent encore à vivre.
Géraldine Huchet
M’Lire - Laval, le 14 décembre 2007