Les derniers indiens
Marie-Hélène Lafon
Buchet-Chastel
208 pages
13,90 €
Eh bien oui Marie-Hélène Lafon le confirme avec ce nouveau roman elle est bien dans la lignée de Richard Millet - avec La Gloire des Pythre - et de Pierre Jourde - Pays perdu -, ces écrivains qui racontent la fin d’une certaine paysannerie, d’un certain mode de vie à la campagne. La fin d’un monde, d’une civilisation dans une silencieuse indifférence.
La vie quotidienne d’un frère, Jean, taiseux plein de rage rentrée et de sa sœur, Marie, qui vivent seuls dans leur ferme du Cantal, autrefois prospère, depuis qu’est morte leur mère vindicative et dévorante. On ne va plus dans ces pièces du haut, on dort en bas, on vit en bas ; c’est assez grand, ça suffit, pour deux (…) Il tourne la tête, et, par la fenêtre de l’évier, il regarde la cour des voisins, de l’autre côté de la route goudronnée qui, autrefois, était un chemin de terre. Il dit qu’il ne regarde pas, mais elle le voit, elle le sait, il regarde. Les voisins sont nombreux, ils vivent en tribu. Ils ont acheté, investi, construit. Ils se développent. Ont-ils oublié leur Alice retrouvée morte, trente ans plus tôt, dans les bois noirs ?
Un univers fermé, étouffant où la tension est incessante, décrit avec une remarquable économie de mots et d’effets et une justesse de ton, résultat d’un travail minutieux de façonnage et d’élagage de la langue.
Le Scribe - Montauban, le 16 avril 2008