Les buveurs de bière
Jacques Josse
La digitale
68 pages
9,00 €
Dans l’œuvre de Jacques Josse, les bars sont fort présents. Mais ce sont des bars de bonne compagnie où tous, mécanos et matafs, fossoyeurs et poètes, lèvent le coude avec une dignité qui ne se gâte pas d’être parfois fort salée. Dans ces bistrots, ces troquets, ces rades, la mousse n’est pas simple écume. Elle se souvient d’avoir été goûtée par Hrabal et Blavier, Brautigan et Kavvadias, mais aussi par « Popeye, l’espiègle livreur de falaises, mort en mission, à flanc de coteau, encastré dans sa cabine », dont la tombe s’orne d’une belle maquette de semi-remorque rouge et jaune ; et aussi par le colosse de 130 kilos couchant aujourd’hui « à l’hôtel Terminus, dans le lit chaud de l’Atlantique (...) Dos recouvert de peau de morue (...) Du corail sur le menton et des litres d’eau bleue dans les bronches ».
C’est que les « rendez-vous savamment maltés » ne sont pas que moments où se calme une inextinguible soif et où s’apaisent les solitudes : ils sont aussi lieux de célébrations nostalgiques qui rappellent que la vie passe vite et que l’autre, là, la vicieuse, ne loupe pas une occasion de la stopper net, parfois même avant qu’on ait pu finir son godet.
Alors quand « la mélancolie déplie ses ailes (...) s’accroche aux tôles et aux gouttières. S’immisce dans les mansardes » et qu’on se retrouve « penché au balcon, une main sur la rambarde, regard jeté dans le vide », il est grand temps d’aller Chez Bellec ou aux Caraïbes, « un lieu chaud, battu par des brumes froides et des vents violents » où l’on pourra « saisir, tapis au creux du liquide, des restes de parcelles d’orge peignées par les vents jaunes, ceux d’avril, de loin les plus excités, les plus virulents, eux qui apprécient tant de virevolter entre ciels de traîne et talus parsemés d’ajoncs ». À la nôtre ! Gérard
Lambert-Ullmann
Voix Au Chapitre - Saint Nazaire, le 14 décembre 2007