Les Sœurs de Prague
Jérôme Garcin
Gallimard
176 pages
14,50 €
Second roman de Jérôme Garcin qui nous avait séduit avec son élégant Hérault de Séchelles - dans C’était tous les jours tempête - mais cette fois-ci le cadre est résolument contemporain. C’est dans le secteur de l’édition qu’il connaît bien que se situe son intrigue et plus précisément autour d’un acteur incontournable aux États-Unis mais nouveau en France l’agent littéraire. De fait c’est d’une agente qu’il s’agit : Klara Gottwald, tchèque exilée en France, a créé une agence artistique qui a pour clients essentiellement des vedettes de cinéma et accessoirement quelques écrivains.
Le narrateur, homme en transit et romancier en stand-by, fou de Stendhal et donc styliste exigeant, peine sur un Armance. Il se laisse convaincre par Klara que ses livres ont besoin d’être accompagnés afin de rencontrer le succès qu’ils méritent. Le voilà pris dans le filet de Klara qui lui fait miroiter un césar entre autres monts aux merveilles.
Pour Jérôme Garcin voici l’opportunité de croquer avec verve le milieu littéraire parisien, de dresser le portrait croustillant de cette Klara, séductrice, mondaine, cynique, tueuse, toute en canaillerie nicotinée, de rappeler qu’un livre n’est pas un produit comme les autres, que les écrivains ne doivent pas vendre leur âme au risque de s’égarer sinon de se perdre. Tout cela dans un court roman rempli d’action (explosion d’une voiture, parties fines en banlieue,...) et de suspens qui pourrait aussi s’intituler : grandeur et décadence de la maison Gottwald.
Avec en prime le plaisir de savourer l’écriture distinguée, fringante, séduisante de ce Brummell du style.
Jacques Griffault
Le Scribe - Montauban, le 17 décembre 2007