Le patrimoine de l’humanité
Nicolas Beaujon
Le Dilettante
221 pages
16,00 €
Le narrateur est « agent de contact », comprenez gardien de musée - Le gardien de musée n’existait plus, on avait revalorisé le métier - promotion Cachan 1987. Un boulot pour assurer ses arrières car il ne doute pas un instant que la gloire, l’argent, les femmes l’attendent, lui qui s’acharne à essayer de dépasser le doigté magique de Jimi Hendrix. Pour le moment, comme le martèle le formateur il ne protège rien de moins que le patrimoine de l’humanité. Un job plutôt fastoche, moins fatiguant que de faire les vendanges ou de livrer des quenelles. L’équipe G à laquelle il appartient se compose de trois femmes : madame Renard appelée affectueusement la grosse, qui pèse ses cent trente kilos et sent très fort le parmesan, la timide Sylvianne Mouchon qui transpire beaucoup, Pascale Fabert, la vacataire, décalée avec ses tailleurs chicos et son langage de grande dame, et de sept hommes parmi lesquels Dupont, un punk reconverti fonctionnaire, Locatelli, un ancien de La Poste qui regrette le temps du tri car au moins il y avait quelque chose à faire, Trévise qui souffre de misanthropie incurable, affecté aux réserves, sans aucun contact avec le public, Slimane, dingo lui aussi et de plus bavard invétéré. Les outils de travail sont rudimentaires mais efficaces : la chaise et aussi le certificat d’anomalie, moyen pour le chef de service d’évaluer le zèle des agents de contact. L’ennemi mortel, c’est le temps. Le temps qui ne passe pas. Alors comment résister à une petite ligne de coke durant les pauses - pas faites pour le repos, car on se fatigue pas, mais pour jalonner le temps - dans les réserves du deuxième sous-sol. D’autant que voilà Pascale, la vacataire, joli sourire aux lèvres et paire de seins de première classe qui vient participer aux agapes. Il y a aussi les tracts du syndicat et puis la grève de 1989 et le musée qui se transforme en un véritable camp retranché avec prise d’otages. On s’attache à ce guitariste, perdant magnifique, qui buvait des flaques d’eau, quand il était petit, pour épater ses copains. On sympathise avec les autres personnages tous fort bien campés. Il y a de l’action, c’est vif, rythmé et très visuel. Un premier roman drôle, attachant qui se lit avec un plaisir constant.
Jacques Griffault
Le Scribe - Montauban, le 15 décembre 2007