Le dernier frère
Nathacha Appanah
Editions de l’Olivier
216 pages
18 €
Imaginez, non, revivez un épisode difficile de votre vie, une blessure, une perte, un évènement qui des années après agit sur vous comme une brûlure de la veille. Cela vous appartient, c’est unique, cela fonde votre personnalité, votre être profond et vos secrets.
Et bien dites vous que Natacha Appanah vous connaît. Devine l’origine de vos failles intérieures, elle a les mots, les phrases qui font s’ouvrir avec douceur les plaies anciennes pour en mieux les cicatriser. Elle a ce talent, un peu sorcier, d’arriver à faire monter les larmes pour quelque chose qui vient de loin, une mare trouble dans laquelle on ne jette rien au risque dans trop remuer la vase. Ses histoires ne sont pas les nôtres et les nôtres ne sont pas les siennes mais sa qualité d’écrivaine et de les faire se conjuguer en une seule expérience dans un livre guérisseur. « On dit qu’on rêve des choses étranges quand on est prés de mourir. »
Au matin un vieil homme engourdi et glacé par son rêve se lève péniblement. Peu après, vu son grand âge, il se dit qu’il pourrait regarder enfin sa vie avec indulgence, il demande à son fils de l’accompagner au bord d’une tombe, celle de David Stein 1935-1945. Plus qu’une pierre dans une marre c’est un mitraillage, un flot de souvenirs enfouis qui remontent et débordent l’homme presque tranquille qu’il était devenu. Il se remémore l’île Maurice de cette époque encore colonie britannique. La violence gratuite d’un père. Sa mère faible devant son mari, herboriste à ses heures, aimante toujours. Des jeux avec ses frères quand ils faisaient l’ « avion ». Ils criaient, tapaient des pieds, riaient, riaient tellement, images du bonheur, entier, complet, nourrissant. Puis il se souvient du jour maudit, jour cyclonique ou tout s’est arrêté et déjà à 10 ans une vie à reconstruire.
Il raconte enfin cette prison où son père se fait embaucher comme garde chiourme et de ces prisonniers faméliques qui déambulent, vieillards, enfants, femmes et hommes dans cette cour de barbelés. Qui sont-ils ? Qu’ont-ils fait ? Est-ce des méchants, des voleurs, des marrons, comme le dit son père ? Toujours est-il que parmi-eux se trouve David. David l’autre frère, le dernier.
Ha ! lire, quel satisfaction quand il vous arrive dans les mains un livre tel que celui-ci.
Didier Jouannneau, Librairie Le Bruit des Mots
Initiales, le 19 décembre 2007