Ron Rash

Le chant de la Tamassee

Points
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez
6,90 €
 

Révélé en France avec « Un pied au paradis », l’écrivain américain Ron Rash poursuit une œuvre enthousiasmante, s’inscrivant dans cette grande famille estampillée « écrivain du sud », entre Faulkner, Flannery O’Connor et Larry Brown.
Ecrivain des grands espaces – la Caroline du Nord en l’occurrence - entre roman noir et roman rural, Ron Rash s’attache à dépeindre les vies des sans-grades, les séquelles des drames antérieures, les destins compliqués, forgés par cette Nature à la beauté envoutante, parfois mystique, toujours impitoyable.
Le chant de la Tamasse est sans doute le roman le plus explicite de Ron Rash quant aux interrogations liées à la protection de l’environnement, de l’engagement et des choix de société. Un écho revendiqué à des auteurs tels que Peter Matthiessen ou Edward Abbey.Le livre s’ouvre sur un drame : une jeune fille de 12 ans pique-nique au bord de la rivière Tamasse en compagnie de ses parents. Elle veut marcher au milieu de cette rivière, frontière entre la Caroline du Sud et la Georgie. Mais le courant est trop fort et l’emporte. Elle se noie.
Les plongeurs-sauveteurs de la région n’arrivent pas à dégager le corps de la petite, coincée par les courants sous un rocher, près des chutes.
Pour cela, le père veut faire installer un barrage amovible pour détourner la rivière mais le projet se heurte à un problème de taille : la rivière Tamassee est strictement protégée par une loi fédérale qui interdit de perturber l’état naturel d’une rivière « labelisée ». Accepter une dérogation créerait un dangereux précédent, ouvrant une brèche à d’éventuels contournements futurs.
Dès lors, un combat s’engage entre les écologistes de la région et le pouvoir local. La presse s’en mêle et ce qui, au départ, n’était qu’un triste fait divers prend une dimension politico-environnementale où l’on découvre l’influence et le chantage politique, les intérêts et les enjeux financiers et les drames que chacun portent…

Ron Rash réussit le tour de force de mettre en scène une véritable comédie humaine dans toute sa complexité et ses paradoxes et donne une portée universelle à ce qui n’aurait pu être qu’un « fait divers local ».

Lucioles - Vienne, le 10 février 2017