Rossi, Paul Louis

Le buisson de Datura

Joca seria
13,00 €
 

Il se dégage des proses oniriques de Paul Louis Rossi un charme indéfinissable et extrêmement prenant. Rien n’y est verrouillé comme dans les récits bien construits de la plupart des recueils de nouvelles. Des personnages apparaissent, qu’on ne nous a pas présentés et qui nous quitteront après quelques lignes, en nous laissant le regret de ne pouvoir les suivre. Des chemins qui semblent mener quelque part sont soudain délaissés pour une toute autre destination. Des plantes et des gravures conversent en d’étranges dialogues dont la pelote, souvent, reste dévidée, semblant, si l’on ose dire, avoir perdu son fil. Des énigmes, seulement à moitié résolues, hantent le récit et les préoccupations de ceux qui le mènent, et laissent en nous un étrange souci. Mais tout cela, au lieu d’être frustrant, a quelque chose de ces peintures chinoises où c’est dans le vide qu’il faut chercher la vérité du paysage. On est là comme devant un sac de voyage éventré qui révèlerait des photos, des cartes, des boussoles, dont on ne peut espérer qu’elles nous content leur histoire, et qui ne sont, en fait, que des invitations à prendre à notre tour la route, le bateau ; pousser cette porte.

Et l’on est finalement reconnaissant à la femme en tailleur rouge de nous avoir conduit loin dans la nuit pour nous faire ressentir ce trouble érotique qui restera en nous comme une pointe de piment parfumé ; et reconnaissants à Johann de nous avoir invités à nous perdre avec lui dans le Japon des lucioles et des femmes sans visage.

L’énigme, finalement, n’est pas là pour être résolue, elle est là pour nous inviter à vivre en cherchant, en voyant, jusqu’à ce qu’un chien, jeté dans le gel de l’hiver nous confirme « l’absurdité de la condition des humains sur la terre ».

Gérard Lambert-Ullmann

Voix Au Chapitre - Saint Nazaire, le 14 décembre 2007