Le Poisson secret
David Means
Gallimard
240 pages
Traduit de l’américain par Mona de Pracontal
19,90 €
Le Poisson secret est très certainement le meilleur recueil de nouvelles que vous lirez depuis très longtemps, au moins depuis De Petits incendies, le précédent livre de David Means. Enfin un nouvelliste qui s’éloigne de l’inimitable et trop imité Raymond Carver, maître incontestable du genre outre-atlantique. Means étonne par sa capacité impressionnante, d’un texte à l’autre, à se remettre en cause en tant que créateur. Il n’y a pas de modèle type, pas de nouvelle que l’on pourrait qualifier de typiquement sienne à en juger de par sa structure. On ne raconte pas de la même manière l’histoire désastreusement drôle d’un homme qui se fera foudroyer 8 fois dans sa vie, et celle d’un poisson dans son aquarium qui lutte pour sa survie alors que, par delà son bocal, une union se brise sous les yeux de ses enfants. On ne dit pas de la même façon non plus le cambriolage foireux d’un couple de camés qui, la faim au ventre, s’en prend à un petit vieux, et l’obsession qui s’empare d’un chirurgien pour le nid de guêpes qu’il aperçoit dans les rainures de la contre-fenêtre de sa cuisine. Means est fasciné par l’échec sans cesse répété du rêve américain. La plupart de ses nouvelles démarre avec un détail qui cloche, un défaut de construction, un boulon mal serré sur une attraction foraine par exemple. Le monde est mal ajusté et lui est là pour le voir, le raconter, déconstruisant à son tour sa narration, semblant tâtonner avec ses personnages dans l’embarras sans fin et désordonné qu’est leur vie pour essayer de trouver un sens, ouais ! un putain de sens à ce qu’il faut bien nommer l’existence.
François Reynaud
Lucioles - Vienne, le 17 décembre 2007