La vie rêvée des plantes
Lee Seung-u
Zulma
300 pages
Traduit par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet
18,50 €
Personnellement, ma meilleure lecture de la rentrée. Voici La Vie rêvée des plantes, un roman que l’on lit comme une quête de silence, un chemin vers l’apaisement et la paix intérieure, celle que semble chercher Kihyon, jeune homme en quête de rédemption et narrateur de cette histoire toute entière bâtie sur la culpabilité qu’il éprouve envers le sort réservé à son frère aîné, Uyhon. Celui-ci, amputé des jambes après avoir sauté sur une mine lors d’un exercice militaire, vit dans l’ombre du jeune homme passionné qu’il était avant l’accident. Alors amateur de photographie clandestine et amoureux d’un jeune fille nommée Yun Sunmi dont la beauté rendra fou de jalousie son petit frère, il vit à présent cloué sur un fauteuil roulant, renfermé sur lui-même dans un silence qui le confine, semble-t-il, à des années lumière du passé joyeux et prometteur qui fut sien. Invalide, il doit encore subir l’assaut régulier de pulsions charnelles qui le surprennent à la manière de crises d’épilepsie s’épuisant en de répugnantes éruptions séminales. La Vie rêvée des plantes, avant le calme, commence ainsi par deux scènes très fortes au Marché aux lotus, le quartier des plaisirs de Séoul, où l’on voit tour à tour mère et frère emmener le malheureux Uhyon satisfaire aussi décemment que possible ces crises ultra violentes qui l’assaillent. Mais pourquoi Kihyon se sent-il aussi coupable de l’état lamentable dans lequel demeure son frère ? Pourquoi la belle Yun Sunmi a-t-elle abandonné Uyhon après son accident ? Et pourquoi encore cette histoire de « plantes » dans le titre ? Lisez ce roman dont, au moins, vous n’attendez rien. Ce non événement éditorial cent fois chroniqués par la presse culturelle. Peut-être comme moi trouverez-vous là un plaisir solitaire sans pareil et vous laisserez-vous submerger par ce long frisson des lettres coréennes.
François Reynaud
Lucioles - Vienne, le 17 décembre 2007