Pascal Garnier

La théorie du panda

éd. Zulma
16,50 €
 

Un inconnu débarque d’un train en provenance dont on ne sait où. Peu de bagages, pas de signe distinctif, on ne saurait le décrire physiquement. Il dit se prénommer Gabriel.

Au gré des rencontres, il se révèle avenant, attentif, disponible. Et surtout, il sait écouter, compatir, réconforter en quelques mots simples et justes. Il sait improviser un repas avec trois fois rien et devenir cet ami proche, discret, sur lequel on peut compter. Une sorte d’ange gardien.

Comme par un jeu de hasard, Gabriel pénètre dans les vies de Madeleine, la jeune réceptionniste au quotidien solitaire et gris d’ennui, de Rita et Marco, couple de marginaux sur le retour, sans oublier José, qui se retrouve seul derrière le zinc de son bistrot depuis que sa femme est dans le coma. Les premières réactions d’incompréhension et de doutes passées, tout ce petit monde succombe à la force tranquille de Gabriel. Il devient le pilier – ou la béquille – d’un quotidien banal et tragique. Il panse les plaies et tisse des liens. La nourriture joue d’ailleurs un rôle important d’échange, de révélateur. Pascal Garnier joue à la perfection de cette « microréalité », faite de « petites choses », de « petits évènements » de la vie de tous les jours.

Une grande force se dégage de ce style épuré, de ces dialogues ciselés. Si bien que, lorsque l’aura de Gabriel commence à se brouiller, un léger malaise s’insinue pour peu à peu envahir tout le récit. L’ange ne cacherait-il pas un visage démoniaque ? Une figure vampirique se nourrissant du malheur d’autrui ? Mais comme toujours chez Pascal Garnier, le Bien et le Mal ne sont que les deux facettes d’une seule et même pièce qui tournoie sans cesse. La violence est celle d’un ange déchu à qui la solitude et la culpabilité ont coupé les ailes.

Lucioles - Vienne, le 27 mars 2008