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Marie-Sabine Roger
La tête en friche« J’ai décidé d’adopter Margueritte. Elle va bientôt fêter ses quatre-vingt-six ans, il valait mieux ne pas attendre. Les vieux ont tendance à mourir. » Le narrateur c’est Germain Chazes, 45 ans, cent dix kilos de muscles et pas un poil de graisse, un mètre quatre-vingt-neuf sous la toise, le reste à l’avenant. Si mes parents m’avaient voulu, j’aurais sûrement fait leur fierté. Pas de chance. Il vit dans une caravane, installée dans le jardin de sa mère. Ses journées il les occupe à mesurer entre ses mains le tronc des jeunes pins pour surveiller la déforestation, à s’entraîner à courir le plus longtemps possible, à tirer des canettes au pistolet à plomb devant sa caravane, à sculpter des animaux en bois avec son Opinel - ça lui distrait les mains - à discuter avec ses potes au bistrot, à aller au parc. C’est là qu’il a rencontrée Margueritte, un lundi, où il allait au parc pour compter les pigeons. Elle était assise sur un banc, sous un tilleul, devant la pelouse, vieille dame réservée qui l’appellera « Monsieur ». Elle l’émeut sans faire exprès. Il ne sait pas pourquoi, peut-être sa façon gentille de lui demander, Vous leur donnez des noms aux pigeons ? Ou parce qu’elle avait l’air tout attendrie. Ils vont se revoir régulièrement et devenir complices. Margueritte lui fait découvrir le monde des mots et des livres. Lorsqu’elle lui lit La peste, tous ces rats il les voit et ça lui en fout des frissons, d’y penser. Et voilà que Germain ne fait plus marrer ses copains au bistrot. Il trouve que les histoires de cul ou de Belges, ou de Juifs ou de Noirs, elles sont pas drôles, en fait. Mais quand on est bourré, on a le seuil qui baisse, on se marre pour rien. Ça devient vite une habitude d’être un abruti. D’abord on l’est par flemme et puis on reste au ras. Et voilà Germain qui après Camus découvre Romain Gary et le dictionnaire qui est quand même un bouquin prenant, vu le temps qu’on y perd pour y trouver quelque chose. Et petit à petit, on voit plus rien pareil. On s’intéresse plus aux mêmes choses. On baise plus, on fait l’amour. On supporte sa mère. On va dans les bibliothèques. Et tout à l’avenant. J’abordais ce livre avec une certaine réserve mais vite j’ai abandonné toute résistance et me suis laissé entraîner au plaisir des mots. Un roman décapant qui mêle humour et émotion et qui sonne constamment juste. Un livre sur le pouvoir des livres que l’on a envie de faire découvrir à ses amis. Née en 1957 près de Bordeaux, Marie-Sabine Roger vit entre la France et Madagascar. Depuis dix ans elle se consacre entièrement à l’écriture. Elle a publié de nombreux textes pour la jeunesse parmi lesquels Attention Fragiles (Seuil), Une poignée d’argile et Le quatrième soupirail (Thierry Magnier). Elle a, par ailleurs publié un roman Un simple viol (Grasset) et des nouvelles La théorie du chien perché et Les encombrants (Thierry Magnier). Jacques Griffault , le 13 novembre 2008 Les librairies
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