Tim Willocks

La religion

Sonatine éditions
traduit de l’anglais par Benjamin Legrand
23,00 €
 

Dans le chaos d’une époque médiévale où la violence, omniprésente, s’étale au grand jour, les protagonistes de ce roman historique vont tenter de naviguer sur un maelstrom de forces qui les dépasse.

La guerre sainte fait rage entre l’Islam du Grand Turc- le Shah Soliman- et la Chrétienté du pape Pie IV, mais de nombreux conflits prolifèrent au sein de ces deux sphères. Schisme, intrigues de successions, manœuvres politiques et vieilles rivalités multiplient les divisions, les lignes de fractures, alimentant l’instabilité.

C’est sur l’ile de Malte, défendue par l’Ordre des chevaliers hospitaliers de Saint-Jean le Baptiste- appelés « La Religion », lors de l’un des plus terribles sièges de l’histoire, que Tim Willocks a choisi d’entrelacer les destins de Matthias, Bors, Carla, Amparo, et bien d’autres.

Foi, allégeances, destins, amitié, amour, hasard, ces puissances se rencontrent et s’affrontent pour dominer le destin des hommes, et chacun construit sa propre forteresse avec les pierres de sa personnalité. Au sein de cette catharsis collective où la furie humaine déploie toute sa magnificence, l’intelligence, la détermination, l’abnégation, et même l’innocence des personnages, sont les esquifs quotidiens de l’espoir, paradoxalement frêles et invincibles.

Au cours de cette plongée envoutante dans ce Tartare historique où les hommes sont entrainés par une volonté supérieure dans une violence extrême, le roman développe l’ambivalence de cette Foi qui pousse les multitudes vers les plus terribles atrocités, mais demeure, dans les instants de désespoir absolu l’ultime rempart des cœurs contre la folie et la résignation.

Tour à tour épique, poétique, dramatique, l’écriture de Tim Willocks embrasse les scènes et parle aux tréfonds des cœurs. Elle suit les courbes des émotions en une caresse tantôt apaisante tantôt encourageante, mais sait se refermer telle une poigne de fer glacée et désarmante. On vacille presque d’inquiétude, de peur, avant d’identifier un mince filet d’espoir auquel on se raccroche de toute ses forces tant l’empathie que l’auteur fait naitre pour ses personnages est intense.

On sort de cette immersion comme d’un rêve éveillé, une fenêtre ouverte sur un passé à la fois lointain et si proche. On referme le livre le cœur alourdi par les chemins ardus de nos héros, abasourdi par les splendides- et pourtant sordides- panorama de souffrances que l’on vient de parcourir, et néanmoins ravis d’avoir traversé cette aventure hors du commun.

Le Grain Des Mots - Montpellier, le 8 mars 2010