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Marie Sizun -
La femme de l’allemandMarion vit seule avec sa mère dans le Paris de l’après-guerre. Son père ? Un allemand disparu en 1944. Un secret dont la mère, Fanny, ne veut pas parler, mais dont elle lâche des bribes. Quand elle en parle Fanny dit « ton père », jamais de nom. Elle a raison, un nom, c’est inutile quand on existe pas. Alors pour toi, ton père, c’est l’Allemand. Tout simplement. C’est Marion qui est la narratrice, elle raconte cette histoire à la seconde personne. Tu ne te demandes pas, à cette époque, pourquoi vous êtes seules. Pourquoi Fanny n’a pas d’amis. Aucun. Aucune. Elle dit seulement qu’elle se trouve bien avec toi, que les gens l’ennuient. Au début, au commencement de leur vie rue Saint-Antoine, rien ne semble inquiétant à Marion, rien ne l’effraie dans le comportement de sa mère. Elle est une petite fille heureuse. Lorsqu’elle a sept ans les choses changent. Fanny est bizarre, elle parle trop, trop fort. Elle se lève la nuit, lave du linge, laisse l’eau déborder comme à plaisir. Elle chante, enchaîne une chanson après l’autre, sans s’arrêter. Tu as peur. Peur de cette voix. Peur du mystère. Peur de l’ailleurs qui est là. En Fanny. Autour d’elle. Avec le temps Marion apprendra que sa mère est maniaco-dépressive. Les crises se font plus fréquentes. La situation se renverse : la mère, par son comportement, devient fille. Mais il y a encore de beaux moments de complicité, par exemple lorsque mère et fille vont au cinéma ensemble ; là Marion retrouve le goût du bonheur d’antan. Lorsque sa mère est hospitalisée Marion vit dans le monde de la normalité, froide, ennuyeuse, chez ses grands-parents maternels, rue de Suffren, qui se font appeler « oncle » et « tante », ne parlent jamais de Fanny mais éprouvent une véritable affection pour Marion. Avec l’aggravation de la maladie de sa mère, Marion va devoir choisir. Entre le monde de la normalité et celui de la folie, Marion opte douloureusement pour celui de la normalité, pour survivre, se sauver. Plus tard, elle s’en voudra de n’avoir pas mieux écouté et aidé sa mère. Que pouvait-elle faire lorsque le temps de la vraie folie est arrivé ? Sans doute rien. Mais malgré tout le sentiment de culpabilité la hante. Tout ceci est raconté avec une écriture sans effets, d’une grande délicatesse. Impossible de lire ce livre magnifique sans être emporté par l’émotion. Par l’auteur du poignant Le Père de la petite (Arléa. 15 €) que je vous ai recommandé dans Bouquintessences de l’automne dernier. Jacques Griffault , le 17 décembre 2007 Les librairies
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