Littérature française
La Fille des Louganis/ Prix des O.C.B (Office Central des Bibiliothèques)2008

Metin Arditi
Actes Sud
240 pages
19 €

L’abandon forcé et l’improbable quête d’une enfant née d’un inceste : sur la souffrance d’une mère, sur la vertu des amitiés, sur les péripéties du destin qui nous gouvernent par-delà le bien et le mal, Metin Arditi a composé un roman bouleversant d’empathie et de vérité.

Les frères Louganis se sont établis dans les années trente à Spetses, une île proche du Pirée. Ils sont devenus pêcheurs, ont construit une maison, pris femme, fondé leur famille. Des années plus tard, à bord de leur caïque, ils meurent dans l’explosion d’un pain de dynamite, laissant deux enfants : Pavlina et Aris. Cette mort n’est pas un accident mais un crime doublé d’un suicide : la veille, Spiros Louganis a découvert que sa femme Magda l’a un jour trompé avec son frère - et qu’il n’est pas le vrai père de Pavlina.

Adolescente, Pavlina est amoureuse de son « cousin » qui a restauré le caïque familial pour promener les touristes à la belle saison. Elle l’aide dans ce travail, s’enivrant de la beauté solaire de l’île et de la séduction d’Aris... mais celui-ci aime les garçons. Cependant, un soir où son homosexualité a été publiquement insultée, il couche avec Pavlina. Puis se tue. La laissant enceinte.

Sa mère, et le père Kosmas à qui elle s’est confessée, savent qu’Aris était le frère de Pavlina. Sans lui dire la vérité, ils la persuadent de donner son enfant à l’adoption, dès le jour de la naissance, pour lui assurer un nom, une éducation, un avenir dans une riche famille athénienne.

La fille des Louganis - dont le titre vaut pour Pavlina autant que pour l’enfant qu’elle met au monde - raconte l’histoire tragique de cette jeune femme qui, dans la suite de sa vie, en Grèce puis en Suisse où elle émigre, va espérer et redouter la rencontre avec celle que, sans la connaître, elle a prénommée Andriana dans son cœur, et dont l’intangible présence l’obsède.

C’est donc le récit d’un double arrachement - à un territoire, à un enfant. Mais aussi l’exploration d’une « faute » initiale (celle de sa mère, Magda) qui dévaste une famille, provoque une naissance incestueuse : un secret frappé par l’interdit primitif, dont le père Kosmas lui-même peine à comprendre le mystère, tant le mal semble contradictoirement s’incarner dans l’innocence d’un enfant...

La quête et le destin de Pavlina ménagent bien sûr au lecteur de très émouvantes péripéties. L’empathie de Metin Arditi avec ses personnages est saisissante. La tension narrative ne se relâche jamais. La qualité d’écriture et la justesse des dialogues esquivent tous les écueils d’une sentimentalité convenue. Sur ce thème à la fois intime et populaire de l’abandon et la quête d’un enfant, sur l’incertitude des rencontres, des amitiés et des retrouvailles, sur les forces vitales qui agissent par-delà le bien et le mal, La Fille des Louganis s’imposera comme un roman d’une bouleversante vérité.

René Capriloi, Librairie Maupetit.

Né en 1945 à Ankara, Metin Arditi vit à Genève. Ingénieur en génie atomique, il a enseigné à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Il est le président fondateur de la Fondation Arditi qui, depuis 1988, accorde prix et bourses aux gradués de l’université de Genève et de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Il est également président de l’Orchestre de la Suisse romande. Chez Actes Sud, il est l’auteur de Dernière lettre à Théo (“Un endroit où aller”, 2005), La Pension Marguerite (2006 et Babel n° 823), L’Imprévisible (2006) et de Victoria-Hall (Babel n° 726).

Maupetit - Marseille 1er, le 19 décembre 2007

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