La Désoeuvre
Karine Henry
Actes Sud
502 pages
21,80 €
MARIE c’est la petite,pleine de vie,aimante et aimée,surtout de son père.
BARBARA c’est la grande ,que sa mère ,abusive et possessive ,entrave dans sa démarche d’autonomie et de liberté ; sa mère qui "la gave d’impunité".
La grande...enfin celle qui a dû grandir.
Car à partir de ce terrible accident qui propulse la petite dans le monde réel sur lequel plane l’oiseau noir de la mort, Barbara s’enferme dans le silence,qu’elle impose autour d’elle ; et l’on craint au détour d’une page de la voir surgir et clamer ses exigences folles, celles qui devraient lui permettre d’écrire pour "écouler les larmes du corps,quand dire mettrait au monde leur mort, prononcerait l’inconcevable".
Marie retourne à Artel pour vider la maison de ses parents.
Revenir en ces lieux est une épreuve et l’armoire des souvenirs est l’objet d’un inventaire douloureux de "la vie d’avant","celle achevée un soir sur une route".D’autant qu’elle y retrouve les cahiers couverts de l’écriture de Barbara,recueils de l’indicible.
C’est ainsi que peu à peu elle avance sur les traces de l’ enfance pulvérisée par la perte des "Aimés". Par l’écriture, Barbara tente la conjuration du malheur en s’attachant à l’Oeuvre par laquelle, dit-elle :"je vous veux surgir au-delà du trépas".
C’est dans la douleur qu’elle enfantera le livre de sa vie jusqu’à ce qu’elle découvre le chemin de la fiction, cette"sortie de voie".
On s’attache à Marie et l’on redoute avec elle l’apparition de Barbara l’écorchée qui néanmoins nous fascine.
L’écriture de KARINE HENRY est incisive, lacérée comme celle de Barbara qui "écrit à blanc".
Le mystère qui parcourt ce livre nous tient en haleine jusqu’aux toutes dernières pages où enfin avec Barbara, Marie, l ’Oeuvre enfin achevée, on reprend son souffle.
Les Cordeliers - Romans sur Isère, le 14 avril 2008