Littérature française
La Belle Maison

Franz Bartelt
Le dilettante
160 pages
15 €

Cons-sur-Lombe est un village qui se donne des airs de grande métropole sans renier ses origines céréalières. Sa devise ne manque pas d’ambition : Toujours plus et toujours mieux qu’ailleurs. Cons se veut un exemple pour le monde entier : pas de chômeurs, pas de drogués, pas de délinquants, air pur et eau de la Lombe presque potable.

De l’autre coté de la rivière vivent Mortimer et Constance Boulu qui sont affectueusement surnommés les Capouilles. Deux très grands marginaux qui se sont laissés aller et sont tombés dans une grande misère relative. Chaussés de bottes épaisses, dépenaillés, crasseux, ils ne manquent cependant pas de travail : ils taillent les haies, dératisent, débouchent les éviers. Au fil du temps ils se sont rendus indispensables. Chaque soir après avoir repoussé les volets de l’unique fenêtre et boucler les cadenas de la porte d’entrée ils sacrifient à un rituel ancien : ils s’attifent de vêtements pompeux – capes, voiles, gants, besicles - et Mortimer lit de la poésie. Ils accueillent ainsi, à la bonne franquette, les poètes à domicile, sans cérémonie. Lire du Rimbaud n’est-ce pas reprendre l’énergie de sa propre adolescence ? Ce n’est pas parce qu’on a rien qu’on a rien à cacher.

Mais leur pauvreté fait tâche et désole le fringant paysage. Aussi les Consiens ont-ils l’idée d’arracher les Capouilles à leur pauvreté, de leur enseigner l’hygiène élémentaire, de les loger dans une « Belle Maison ». Une grande fiesta a lieu, avec fanfare, goupillon et moult libations, pour accueillir les Capouilles, kärchérisés de frais et de force, dans leur nouvelle demeure. Que va-t-il advenir des Capouilles quand ils vont se retrouver seuls dans cette maison qu’ils n’ont pas choisie ? Un texte délectable, à la fois drôle, cocass e, burlesque mais aussi tendre et douloureux de l’auteur, entre autres, de Terrine Rimbaud ; Le Jardin du bossu ; Le Bar des habitudes ; Pleut-il ?, tous de grands plaisirs de lecture, témoins des nombreuses facettes du talent et de la virtuosité de Franz Bartelt.

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n.b. Franz Bartelt publie simultanément, toujours au dilettante, Les nœuds.. 96 p. 12 €. Basile, génial artisan en nœuds, le Mozart du nœud, est le dernier d’une lignée brillante, grandiose, celle des Porquet, spécialistes de la fabrication de la corde à nœuds. Mais voilà, petit à petit le monde n’a plus besoin de nœuds. La marine à voile était une grande consommatrice de nœuds, tout comme l’école laïque et l’armée. Mais toutes les trois n’ont plus d’ambitions. Elles aiment les cordes, elles dédaignent les nœuds. Plus de nœuds. Des cordes lisses. Maintenant tout est lisse. Basile tente de retarder l’heure, pourtant inéluctable, de sa fin solitaire.

Le Scribe - Montauban, le 16 avril 2008

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