L’instituteur
Collectif
Editions Delphine Montalant
110 pages
14 €
Les amateurs de nouvelles adorent collaborer activement au plaisir de la lecture. Une nouvelle réussie vous donne envie de la relire, d’examiner l’habileté qui vous a saisi. Ce genre est en effet familier de la litote et de la surprise. Un croquis juste suggère beaucoup et donne à rêver, à penser.
C’est ce que réussit souvent ce recueil. La règle du jeu qui organise ce petit livre est, visiblement, une idée d’éditrice : autour du personnage de l’instituteur, elle a proposé à 7 auteurs d’écrire chacun deux nouvelles qui se fassent écho et qui sont réparties « en chandelier » dans l’ouvrage. Cette contrainte est plus ou moins productive selon les auteurs mais, dans les meilleurs des cas, elle permet un renversement de points de vue, un champ-contrechamp qui donne idée de la complexité des sentiments et ménage des révélations.
J’aime que le titre ait conservé la belle désignation traditionnelle « instituteur » et non le démagogique « professeur des écoles ». Les auteurs donnent pourtant une image contemporaine, vivante et contrastée du métier. Les instituteurs, qui sont le plus souvent des institutrices, sont présentés comme des êtres fragiles, souvent généreux, parfois usés. Leur désir de bien faire se heurte aux machines administratives aveugles, à l’intransigeance des parents et, parfois, à la violence secrète des enfants. C’est, en effet, leur être même qui s’expose jour après jour devant la classe… dans la solitude.
Dominique Renard
Les Cordeliers - Romans sur Isère, le 25 mars 2008