L’homme qui marchait sur la lune
Howard McCord
Ed. Gallmeister
Traduit de l’américain par Jacques Mailhos
18.90 €
William Gasper, la cinquantaine, a fait de la Lune, magnifique autant que désertique montagne du Nevada, un second chez-soi. Aussi à l’aise qu’un bouquetin à l’abri du regard des hommes, il en connaît les moindres failles et replis, et s’emploie, sans se lasser jamais, d’en gravir les pentes tout en ruminant d’anciennes lectures philosophiques précieusement enregistrées dans le disque dur qui lui sert de cerveau. C’est un solitaire tout ce qu’il y a d’irascible. Un sac à dos, une ou deux armes et le souffle du vent dans les cheveux… Que demander de plus ?
Lorsque apparaît un jour la silhouette lointaine d’un autre homme en contrebas, William accepte de croire un temps qu’il ne s’agit que d’un simple randonneur comme il en pousse étonnamment de temps en temps. Mais quand, se munissant de sa longue vue, il remarque que le gentil promeneur se balade équipé d’un fusil calibre 5.4, l’heure n’est subitement plus à la contemplation de la nature. Une course poursuite s’engage alors et l’ancien Marines, dont le passé plus que trouble refait surface, va devoir employer tout son intelligence « lunaire » pour espérer s’en sortir sans le moindre mal.
Ce roman terriblement efficace dans sa construction est aussi remarquable en ce qu’il ne fait pas, pour une fois, d’un amoureux de la nature un type irrémédiablement pacifique promenant de crêtes en crêtes sa belle âme humaniste abîmée par la vie. Le personnage De McCord, aussi prompte soit-il à admirer un ciel baigné d’orange par-dessus un océan de cimes pelées au moment du coucher de soleil, n’en préfèrera-t-il pas toujours son bon vieux fusil au plus beau des popotins offerts, méprisera tant qu’il le pourra les agents fédéraux représentants de près ou de loin la grosse machine étatique et considèrera l’armée, et le corps des Marines en particulier, comme la meilleure école de la vie pour faire face à ce foutu monde cruel dans lequel un mauvais plaisantin à bien voulu nous jeter. C’est parfois assez dérangeant, mais cela fait tellement de bien lorsqu’au sommet de nos habitudes un écrivain nous interpelle pour nous faire remarquer qu’en tournant un peu la tête, un autre panorama nous attend que nous ne voulions pas voir.
François Reynaud
Lucioles - Vienne, le 2 septembre 2008