Littérature française
L’homme qui marchait avec une balle dans la tête

Philippe Pollet-Villard
Flammarion
342 pages
19,00 €

C’est l’histoire d’un homme qui, tout jeune, a choisi de vivre libre comme un gangster plutôt que de mourir d’ennui dans une vie ordinaire. Le grand-père travaillait dans une carrière de marbre du côté de Carrare. Je vais construire des villes, disait-il. Sa fille a rencontré son père à Paris, un maçon italien, franc-maçon comme son beau-père. Dans cette famille, outre Jean-Pierre, le narrateur, il y a Virgile, handicapé par une méningite, déflagration cérébrale, et Mylène sa sœur qui le couve. À l’école Jean-Pierre rencontre Massimo, obèse, fier de ses kilos, qui prétend faire la loi dans la rue et qui cherche quelqu’un à qui raconter toutes les histoires qu’il a dans la tête. Plus tard leurs routes se croiseront à nouveau car Massimo deviendra... commissaire divisionnaire. Jean-Pierre prend des cours de karaté, il a envie de violence vraie. Il commence par de minables petits braquages. Lors de son premier hold-up dans une banque de son quartier il est reconnu par sa sœur : c’est comme ça que sa mère apprendra qu’il était un gangster. À 39 ans il prend une balle dans la tête qui ne sera pas le point final mais un très modeste point de suspension. Il aura des périodes fastes, disposera de beaucoup d’argent, fera de la prison où il se sentira bien : les murs et les miradors le protègent du passé. Une histoire tantôt grave, souvent drôle d’un gangster, conscient des limites de la vie qu’il mène, doté d’une approche intéressante des choses de la vie. Le plaisir de lecture est constant grâce aux rebondissements de la vie du narrateur et à une écriture originale. Un premier roman très réussi. extrait (p.105) : Les affaires marchaient, l’argent tombait, il tombait, presque trop (...) Il fallait consumer cet argent, lui faire payer violemment, le pulvériser parce que le moment qui nous plaisait le plus était justement celui où nous sentions que l’argent viendrait à manquer. Nous aimions ça comme le bord d’une falaise. Ce précieux moment où nous en étions à devoir décider d’une nouvelle affaire. L’adrénaline remontait, on se disait C’est bon, on revient. Comme on sort de l’évanouissement.

Jacques Griffault

Le Scribe - Montauban, le 15 décembre 2007

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