L’état des lieux
Richard Ford
L’Olivier
Traduit de l’anglais (américain) par Pierre Guglielmina
24 €
L’état des lieux RENCONTRE MARDI 23 SEPTEMBRE
La première fois que le lecteur fait connaissance avec Frank Baskombe c’est avec Un week-end dans le Michigan paru en 1986 aux Etats-Unis : il y est journaliste sportif, divorcé et a arrété d’écrire. Dix ans plus tard, nous le retrouvons avec Indépendance dans la peau d’un agent immobilier, il semble avoir renoncé à toute ambition, il habite toujours à Haddam dans le New
Jersey. Le livre avait valu en 1996 le prix Pulitzer à Richard Ford.
La trilogie se clôt aujourd’hui avec L’état des lieux. Frank Baskombe a vieilli avec nous, il a un cancer de la prostate, il vit désormais à Sea-Clift, au bord de l’océan. Il tente de faire le point sur sa vie : l’échec de ses mariages, la mort il y a vingt ans de son fils Ralph, les vies chaotiques de ses deux autres enfants.
Nous sommes en l’an 2000 à l’approche de Thanksgiving, les Etats-Unis retiennent leur souffle dans l’attente du résultat de l’élection qui oppose Bush à Gore. Comme le dit Richard Ford dans une interview : « le livre est une grande opportunité de se poser la question : " Qu’ai-je fait dans ma vie, que dois-je comprendre avant de mourir, que dois-je faire qui me rendra meilleur ?" ».
On a souvent comparé Richard Ford à William Faulkner. Il aime citer Joseph Conrad ou Raymond Carver dont il fut l’ami et avec qui il partage cette attention portée aux gouffres intimes du quotidien.
Nous sommes très fiers à Lucioles de recevoir pour la deuxième fois – il était venu il y a 12 ans pour parler d’Indépendance - l’un des plus grands écrivains américains.
L’état des lieux est le livre d’un romancier au sommet de son art. Un livre à la fois douloureux, traversé comme les précédents, par les thèmes de la perte et de la solitude. Le roman manifeste en permanence un souci du détail, des lieux « qui sont des maîtres aussi tyranniques que le temps quand
il s’agit de déterminer nos destins ».
Richard Ford s’intéresse aux hommes en crise, comme aux sociétés en crise et sa trilogie est une formidable radiographie du malaise de la sociéteé américaine. Les coups de feu qui retentissent au début et à la fin du roman sont à cet égard, emblématiques d’une société troublée.
Il ne faudrait pas cependant laisser croire que c’est la tragédie qui domine ce livre : au contraire, le lecteur rit beaucoup ; Richard Ford n’a pas son pareil pour croquer les travers vestimentaires de ses personnages ou se moquer des états d’âme de Frank Bascombe, ce bavard impénitent et lucide.
On pense parfois à Woody Allen quand on lit des passages comme ceux-ci : « Vous pouvez dire que votre Thanksgiving "n’est pas traditionnel", lorsque vous avez le cancer et que la vue de la nourriture vous rend malade, que vous êtes sur le point de vous pisser dessus, que la police débarque
et que votre femme s’est tirée en Angleterre – sans parler de vos enfants. »
Lucioles - Vienne, le 8 septembre 2008