Greil Marcus

L’Amérique et ses prophètes

Editions Galaade
traduit de l’anglais par (Etats-Unis) Clément Baude 345 pages
24 €
 

De Guy Debord aux Preisleyburgers, des anabaptistes au mythe de Stagger Lee, Greil Marcus nous a familiarisé avec une érudition tentaculaire, nous confrontant cette fois avec une Amèrique perdue, partant d’une définition de la nation comme "expression de la vertu auto-proclamée". L’Amérique pourrait elle exister d’un point de vue identitaire sans avoir le sentiment de sa propre fin, sans ses doutes, sa paranoïa et ses pulsions autodestructrices. ? Si l’accroche se fait sur les évenements du 11 septembre, on dépasse trés vite ce cadre spatio-temporel afin d’explorer les névroses qui sous-tendent l’inconscient collectif du pays depuis les premiers colons.

Depuis le texte fondateur de Winthrop, en passant par les discours de Lincoln, les sermons de Martin Luther King, en fouillant dans la littérature de Philip Roth ou Dos Passos, voire dans le visions de David Lynch ou les collages Dada de David Thomas, leader du groupe Père Ubu, une Amérique fantôme prend forme, modelée par la culpabilité de n’avoir pas su tenir ses promesses ; "Ce passé ne passe pas bien, il nous hante"( dixit G. Marcus)

A travers sses symboles, attaqués le 11 septembre, la nation américaine découvre sa fragilité, et Greil Marcus nous démontre combien ses prophètes furent clairvoyants en leur temps, et que ce temps c’est aussi aujourd’hui, dans la ville de Twin Peaks. Le pacte d’une nation avec elle même est il honoré ? Le rapport fondateur à l’ancien testament est-il soluble dans le temps américain ? ou ces tourments souterrains finissent-ils par ressurgir, consciemment ou non dans la création artistique ? Cette invention de soi, ferment de l’Amérique, peut-elle exister et s’épanouir avec tant de fantômes dans le placard ? Paraphrasons Greil Marcus en citant une chanson des Nutmegs, groupe de Doo-wop des années 50 : "there’s a story untold..."

Cedric NEUSER- Responsable des Rayons Sciences Humaines-Histoire

Maupetit - Marseille 1er, le 2 mai 2008