Kathy
Patrice Juiff
Albin Michel
245 pages
16,00 €
Kathy, le jour de ses dix-huit ans, décide de revenir au point de départ, là où tout a commencé. Elle quitte sa famille d’adoption où elle avait une existence douillette et choyée et se rend dans le terrain vague où sa famille naturelle vit dans une vieille baraque décharnée. La réalité miteuse du décor ne l’épouvante pas. Et pourtant ! L’air humide, la boue qui succède au gel, l’odeur écœurante qui flotte dans la masure, les murs écaillés, les matelas à même le sol recouverts de draps douteux, l’extrême désordre, voilà qui pourrait la faire sinon renoncer au moins hésiter. D’autant qu’il n’y a pas à espérer beaucoup de chaleur de la part de ceux qui vivent dans ce misérable environnement. Le soir le père alcoolique bat la mère qui subit en silence, la fille aînée, gravement malade, vit dans un vieux wagon avec sa petite fille Adèle âgée de six mois, son mari Lazlo, le « métèque », trafiquant de voitures, noie dans la bière l’amour fou qu’il éprouve pour sa femme alitée, la sœur, Sol, oublie dans les bras de son frère le temps qui ne passe pas. Ils survivent là seuls. Leurs rapports sociaux se limitent à des relations commerciales clandestines : I’nous prennent pour des malades, des cinglés... Les seules visites sont celles du docteur qui vient apporter des médicaments pour la sœur aînée en échange d’un verre de vin et de viande braconnée. Voici donc Kathy plongée dans un environnement qui pourrait être destructeur, mais elle se sent chez elle, dans sa vraie famille, bien décidée à y être heureuse. Elle va tout faire pour devenir la fille de ses parents ; elle s’y est préparée ; ça ne sera qu’une affaire de temps. Elle est persuadée qu’elle retrouvera avec cette mère qui ne lui adresse jamais directement la parole le contact perdu. Des phrases courtes, une écriture précise très efficace pour créer l’atmosphère de ce dramatique huis-clos familial, tiré d’un fait réel qui s’est déroulé en 1997 dans le nord de la France, où il apparaît tout de même que dans l’acte le plus brutal on peut détecter une part d’humanité.
Jacques Griffault
Le Scribe - Montauban, le 15 décembre 2007