La Fosse aux Ours

Jean-Pierre Spilmont

 

Sébastien n’est pas tout à fait un enfant comme les autres. Retards scolaires, troubles du comportement, il n’en faut pas moins à ses parents pour le livrer aux bons soins d’une institution spécialisée où se cotoient les cas les plus dissemblables. En semaine, Sébastien mène la rude existence des pensionnaires qui se rêvent ailleurs ; les dimanches, il les passe auprès de ses grands-parents, seuls instants de bonheur, maigre consolation des frustrations et des angoisses de la semaine. Et puis un jour, voilà que Sébastien se retrouve dans le bureau d’un officier de la police judiciaire. Comment en est-il arrivé là ?

La grande force de ce texte est de donner la parole à cet enfant. C’est lui qui raconte sa propre histoire, avec ses mots, ses interrogations et ses peurs. On devine au fil des pages que cette histoire est celle que l’officier de police entend ou bien celle qu’il devrait entendre pour l’aider à comprendre ce qui s’est passé. Mais l’enfant est-il en mesure de prononcer les mots qui sont confiés au lecteur ? Là est tout le propos et l’intérêt du récit. Car le livre est l’espace où la parole est libérée, où l’expression est détachée de la peur et des inhibitions.

Pour autant ce livre n’est pas une confession. Il n’est pas l’expression d’un aveu. L’enfant, s’il cherche à expliciter son parcours, reste néanmoins une énigme pour lui-même. Ou, plus exactement, le monde qui l’entoure, comme les adultes qui sont responsables de lui, font l’objet, de manière quasi souterraine, d’une interrogation presque silencieuse.

L’écriture de Jean-Pierre Spilmont a la dureté et l’éclat d’un diamant, la limpidité du cristal. Elle a le don de vous faire voir entre les mots, de peupler les espaces vides et de faire entendre les silences qui riment avec souffrance.

Au moulin des Lettres - Epinal, le 18 février 2010