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Chuck Klosterman
Je, la mort et le rock’n’roll
Naïve Fictions, éd. Naïve
traduit de l’américain par Marc Voline 310 pages 22,00 € L’histoire est connue : le grand Robert Johnson, père du blues moderne dont découle tout ce qui porte le nom de rock’n’roll, vendit son âme au diable au croisement de deux routes, « acceptant ainsi l’éternité en enfer en échange du talent de jouer de la guitare comme aucun homme avant lui ». Ce jour scella à jamais les liens du blues et du rock avec la mort. Mon vieux professeur d’allemand me disait qu’écouter du rock m’enverrait rôtir sur un éternel bûcher. Si c’est avec Robert Johnson et Chuck Klosterman, tope là ! Chuck a 27 ans et il est journaliste. Pour les besoins d’un article, il sillonne les routes de l’Amérique sur les traces des morts du rock. Tel le Passenger d’Iggy Pop, il arpente les USA pour chercher la réponse à une seule question : mourir est-il bon pour la carrière ? L’enquête commence au Chelsea Hotel, qui vit Sid Vicious occire sa petite amie (avant de s’allumer plus tard avec une dose explosive d’héroïne). Elle passe par Memphis où disparurent deux icônes emblématiques, Elvis et Jeff Buckley. Mais elle fait aussi place aux spectateurs anonymes disparus pendant l’incendie d’une salle de concert. Tout au long de sa route, Chuck réfléchit à sa vie amoureuse (chaotique et foireuse, on dirait du Tom Waits), à la possibilité de choisir avec précision le morceau qu’il entendra au moment fatal, et à la façon dont Thom Yorke a anticipé les événements du 11 septembre 2001 sur Kid A. Chuck saupoudre ses réflexions de références à la sous-culture télévisuelle qui berce nos existences. Ce faisant, il capte splendidement l’air du temps. On rit très souvent parce qu’il tape juste. On est subjugué par son ironie qui est, rappelons-le, la politesse du désespoir. Son écriture mélange une simplicité presque maladroite à des fulgurances drôlatiques rappelant Lester Bangs et Boris Vian. On peut ergoter : ce n’est pas de la littérature, c’est du journalisme. On s’en moque : depuis quand le rock doit-il se revendiquer de la littérature ? Les éditions Naïve poursuivent leur passionnante aventure éditoriale mariant musique et écritures contemporaines : on y lira aussi François Bégaudeau et Sam Sheppard. Chuck Klosterman soutient que « la voix de Rod Steward est plus émouvante que celle de Sinatra ». Comment ne pas aimer un type comme ça ? , le 10 septembre 2005 Les librairies
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