Bruno d’Halluin

Jon L’Islandais

Editions Gaïa
22 €
 

A la fin du 15ème siècle, un enfant islandais, Jon, est arraché à sa terre natale par des marins anglais pour servir de domestique au foyer d’un armateur de Bristol. Partant de cet épisode très circonscrit, le récit va se déployer dans le temps comme dans l’espace pour atteindre une amplitude tout à fait remarquable. Ainsi la reconstitution du port de Bristol, foisonnante, riche de détails sur les métiers, l’artisanat en particulier et la vie quotidienne en général est une vraie réussite. Plus loin, l’auteur n’oublie rien de ce qui structure la société islandaise, si démunie soit-elle : la vie politique, les instances juridiques, la vie religieuse, les activités agricoles etc... 

Au-delà des péripéties, de la très grande richesse et de la variété des indications historiques, le roman pointe aussi avec pertinence la question de l’enjeu des grandes découvertes. C’est en renouant avec ses origines Groenlandaises que l’Islandais prend conscience non seulement du passé glorieux de ses ancêtres Vikings, mais surtout de la dimension temporelle et mémorielle de son existence. Et l’écriture trouve ici tout son sens : dans ces trous, ces absences et ces manques qu’il faut sans cesse combler. En racontant le cheminement lacunaire de la mémoire des peuples, en rendant hommage aux Islandais tour à tour tournés vers les océans, conquérants, puis repliés sur une terre peu propice à l’épanouissement de la vie, luttant pour sa survie, oubliés, le roman de Bruno d’Halluin force l’admiration. 

 Extrait : 
« Le fjord était prodigue, mais il réclamait parfois son tribut. Une barque s’attardait ; sur la côte, l’attente commençait. Les heures, les jours passaient, l’espoir s’amenuisait. Alors, le fjord dévoilait sa face hideuse et pouvait s’abreuver aux larmes des veuves. La mer nourricière se faisait mangeuse d’hommes. Pourtant, les marins remettaient inlassablement les barques à l’eau. »

Au moulin des Lettres - Epinal, le 8 mars 2010