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Bernard Collet
Indalecio
La fosse aux ours
19 € Il est celui qui « sort des prisons, des camps, des zones de transit, des cales d’un paquebot, il a franchi des barrières, des haies de barbelés. Il est celui que les eaux portent sur le sable à cet endroit où meurent les vagues et qui épuisé redresse lentement la tête, étonné d’être vivant et qui cherche un regard autour de lui, une main tendue, un signe minuscule qui le remettrait au monde, quelqu’un qui lui dirait : Entre, je vais te permettre simplement de tenir debout ». Lui, c’est Indalecio, espagnol d’Oran, anarchiste à Paris, proche de Victor Serge et frôlé par la « Bande à Bonnot », mouillé dans une sale histoire, condamné au bagne en Guyane, s’en évadant, et finissant sous un faux nom industriel vénézuélien cossu, mais n’ayant rien renié de ses convictions. Dans ce roman, Bernard Collet le « raconte » depuis l’élan d’une complicité au dessus du temps. Et, de ce qui aurait pu être une sèche « biographie », il fait une chanson douce et amère, tendre et douloureuse comme la vie. Avec les paysages où elle s’égare et s’émerveille : Casablanca où campent « des vies restées sur la peau des choses » ; Marseille, « humidité mêlée à d’anciennes fritures » ; Oran aux ciels « d’or bleu » ; Paris et Romainville où fermentent rageusement l’utopie ; le Maroni qui ressemble au Mékong, où l’on meurt de diarrhées et de fièvres ; Cumana où l’âme des pêcheurs morts tourne au dessus de la plage ; Caracas où, comme à Ségovie, brillent les géraniums au « rouge insolent ». Collet raconte avec les mots de la juste sensibilité et de la proximité d’esprit. Il raconte à Antonia, la sœur fervente d’Indalecio, et qui vit depuis longtemps loin de lui « un amour sans air ». Il lui raconte ce qu’elle sait mais qu’il faut lui redire avec passion : La lutte d’Indalecio pour une société meilleure, les coups de la répression et le cloaque du bagne, puis « l’air détaché de l’homme mûr qui traverse la fumée de son cigare pour observer le monde, mais qui en se levant ne prendra plus soin désormais d’éviter les miroirs ». Il raconte et déchire « cette tristesse lisse comme un rideau de soie ». Il raconte et nous entraîne sur « la plaine sèche dans les vagues du temps ». Il dit : « Je pensais à la liberté sans nom qui coulait dans nos veines, au goût de sel du sang, cet or noir, celui-là même si prompt à l’échauffement, à s’envenimer, à rougeoyer toujours quand il s’agissait de croire en elle, même s’il fallait être seuls ». Même s’il fallait être seuls. Gérard Lambert-Ullmann, librairie Voix au chapitre. , le 19 décembre 2007 Les librairies
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