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Polars
God’s pocket

Pete Dexter
Ed. de l’Olivier
traduit de l’anglais par (Etats-Unis) Olivier Deparis
21,00 €

Les poings dans les poches

God’s pocket, le premier roman de Pete Dexter, porte en lui les thématiques qu’il ne cesse d’explorer : vérité multiple, violence, racisme. Et déjà cette manière si particulière de décrire l’activité humaine au cœur de la ville, digne héritier du roman noir américain et du journalisme d’investigation.

« La poche de Dieu », littéralement, est le nom d’un quartier populaire de Philadelphie. Là où l’on range son mouchoir. Là où l’on habite lorsque l’on ne porte pas de cravate. Là où l’on serre les poings avant de cogner. Leon Hubbard est un jeune homme perturbé et violent. Si bien qu’à trop jouer avec un rasoir sur le chantier où l’on travaille, il arrive que l’on tombe sur plus fort que soi. Et que l’on en meurt. La mère, persuadée que son cher petit ange n’a pas été emporté par un stupide accident, est prête à tout pour faire la lumière sur cette affaire. Tandis que le quartier en émoi se solidarise autour de cette figure, symbole de l’innocence frappée par une injustice que tous ont le sentiment de vivre au quotidien, Mickey Scarpato, le beau-père, se voit confier le corps. Mais où mettre le mort lorsque l’on a perdu aux courses l’argent réservé à l’enterrement ?

Pete Dexter raconte son Amérique, à travers le destin chaotique des personnages en errance, à travers leurs interactions et leurs implications dans la communauté.

Journaliste en Floride, puis au Philadelphie Daily News avant de se consacrer à l’écriture, Pete Dexter est un écrivain hors pair qui allie à sa démarche très journalistique de présenter un lieu, des protagonistes, leurs histoires et leurs rapports, un style narratif proche de la grande tradition « hard-boiled » du roman noir américain. Ainsi, lire God’s pocket, c’est suivre le destin chaotique de personnages confrontés au racisme et à la violence, plonger dans les mouvements de reconnaissance d’une communauté, explorer l’incommunicabilité et la déliquescence d’un couple, saisir l’évolution des nouvelles générations mafieuses, analyser le règne de l’argent roi, s’interroger sur le rôle et la responsabilité de la presse.

Mais Pete Dexter ne dévoile jamais son jeu, laissant volontairement des cartes cachées dans ses poches. Ses personnages ont chacun leur propre « version des faits », se construisent par rapport à un réel personnel : notre jeune « Leon Hubbard » n’est pas le même selon sa mère, son beau-père ou l’ouvrier qui lui fendra le crâne. Qui croire ? Comme dans Train ou Paperboy, les motivations et réactions des principaux personnages restent toujours dans une zone de flou qui évacue toute interprétation simpliste ou manichéenne. Cependant, chacun ira jusqu’au bout de la route qu’il se trace péniblement. Comment rendre compte de la réalité ? Est-elle unique, déchiffrable, interprétable ? Ces questions, centrales dans l’œuvre de Pete Dexter, sont portées par le journaliste Richard Shellburn, l’une des figures de God’s pocket, et double de l’écrivain dont la vie est en partie autobiographique. Mégalomane alcoolique à l’aura crépusculaire, il interroge sur la part de responsabilités et la motivation profonde de celui qui écrit. La quête est celle des valeurs morales, d’une certaine éthique face à une corruption totale et omniprésente.

Lucioles - Vienne, le 27 mars 2008

Le sauveur
Nesbo, Jo
Tonton Clarinette (Mr Clarinet)
Nick Stone
Tirez sur le caviste
Pelletier, Chantal
Deadwood
Pete Dexter
God’s pocket
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Comme une tombe
Peter, James
La nef des fous
Richard Paul Russo
Panne sèche
Roberge, Rob
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Shepard, Lucius
L’Inconfort des ordures
Sigaud, Dominique