Excusez les fautes du copiste
Grégoire Polet
Gallimard
148 pages
13,50 €
Lejeune porte un regard sévère sur sa vie, tant sentimentale (sa femme morte en couches, il restera célibataire) que professionnelle (diplômé sans gloire d’une école des beaux-arts, il vivote donnant des cours de dessin dans une école pour jeunes filles). Son quotidien baigne dans une parfaite médiocrité dont les remugles lui gâchent gentiment l’existence. La déprime est palpable. Le ciel de Belgique étend à l’infini son magnifique camaïeu de gris. Cette vie tristouille va prendre une autre tournure le jour où son unique ami (un bouquiniste chargé de lui trouver lectures) remarque le talent malheureux qu’il possède. Tout ce qu’il peint ressemble, d’une manière où d’une autre, par quelques échos chromatiques inconsciemment relevés ici ou là, à d’autres œuvres de peintres reconnus et côtés sur le marché de l’art. Lejeune, artiste sans génie, peintre sans originalité, n’aurait-il pas au bout du pinceau ce petit truc inné qui pourrait, oh !, non pas faire sa fortune, mais, disons, rendre les fins de mois moins pénibles ? Mis à l’épreuve par une connaissance qui le charge discrètement d’illustrer, au noir, une collection de livres pour enfants, ses dessins rappellent fâcheusement les tableaux de Bruegel... Cela est certes embêtant quand on cherche la discrétion, ces ressemblances qui pourraient laisser soupçonner une reproduction camouflée ou plagiaire, mais cela laisse entrevoir un potentiel de faussaire hors du commun qu’il ne reste plus qu’à faire fructifier. Dans le plus grand anonymat, bien entendu... Le second roman de Grégoire Polet est cela, l’histoire touchante d’un homme ravi de faire la nique à un destin médiocre comme on s’échappe de soi-même. L’écriture élégante et sensible de ce texte en fait une parfaite pièce de littérature, non dépourvue d’humour, que chacun rangera dans sa bibliothèque avec un très grand bonheur.
François Reynaud
Lucioles - Vienne, le 14 décembre 2007