Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie
Nick Flynn
Gallimard
400 pages
Anne-Laure Tissut (Traduction)
7,70 €
Boston. Celui des clochards, des démunis. La narrateur travaille à l’asile de nuit de Pine Street, propose un lit pour dormir, des vêtements propres. Un soir, un homme, fatigué des bancs publics, s’y présente : le narrateur a du mal à l’accepter. Et pour cause, il s’agit de son père...
Construit sur une confrontation qui n’aura pas eu lieu, le livre raconte dans écriture rêche ce malaise que le poète américain, Nick Flynn, trimballe depuis toujours avec lui : sa propre histoire familiale. Nick est encore enfant lorsque sa mère quitte ce père immature. Elle finira par se suicider quelques années plus tard, tandis que lui, déjà sur la mauvaise pente, dégringole. Que faire de ce père inconscient, excentrique, roublard, alcoolique, qui a connu la prison avant de finir dans la rue ? Que penser de ce père qui, depuis ce temps-là, entretient une correspondance incroyable, qui se croit un écrivain de génie bien que personne n’ait jamais lu - ou vu - une seule ligne du « roman du siècle » dont il prétend être l’auteur ?
Nick éprouve à la fois honte et pitié, affection et curiosité face à ce personnage attachant, et toujours, ses sentiments oscillent entre l’effacer de sa vie et le comprendre. Le besoin de reconnaissance, le sentiment de filiation sont les seuls véritables enjeux dans le cœur de Nick. Le narrateur, lui, est conscient qu’il vit sur la corde raide - alcool, drogue, monde de la nuit -, comme un écho à l’existence du père.
A moins que le livre de Flynn Père existe bel et bien à travers les milliers de lettres rédigées depuis sa jeunesse. A moins que le plus grand roman de littérature américaine du XXIème siècle ne soit cette vie de déchéance. A moins que l’Ecriture ne soit l’inestimable héritage d’un père à son fils.
Renaud Junillon
Lucioles - Vienne, le 17 décembre 2007