Deux fragments oubliés
"A la fin de l’année 1883, alors qu’il était reconnu, à
moins de trente-cinq ans, et notamment grâce à son Charitavâli
(“Vie des grands personnages de l’Inde et de l’Europe”),
comme l’un des plus grands écrivains de langue hindi,
Bharatendu Harischandra se mit à écrire des poèmes d’inspiration
romantique — bien qu’influencés par Ramrasikavâli
(“Vie des saints”), un recueil composé moins de vingt ans
auparavant par le roi Raghu Saj Singh."
Une nouvelle inédite de Christian Garçin. « Le fragment ci-après n’a certes pas une grande valeur littéraire, ce qui est une façon polie de dire qu’il n’en présente pas du tout. Rien ne permet par ailleurs d’affirmer qu’il est complet dans son incomplétude : bien que Bharatendu Harischandra n’ait jamais donné suite à ce projet, il reste possible qu’une partie du manuscrit soit à jamais égarée. Les clichés et les poncifs abondent : il est facile de constater par exemple que le fragment débute par une longue description de l’aube près d’un fleuve, donc porteuse, sans surprise aucune, d’une révélation à venir relative au temps et à la vie des hommes prisonniers de ses rets (Harischandra connaissait évidemment Héraclite). » Christian Garcin est né en 1959 à Marseille dans une famille modeste. Grand lecteur depuis le plus jeune âge, il n’écrira réellement que plus tardivement après une expérience de guide de voyage et de commercial. Son premier texte “Vidas” est publié en 1993 par J.B. Pontalis dans la collection “L’un et l’autre”. Petites biographies fictives ou réelles de personnages célèbres ou pas Vidas où déjà l’on est saisi par la finesse et la subtilité de l’écriture de Christian Garcin, sera suivi de L’encre et la couleur (Gallimard), Vies volées (Climats) puis de Sortilège. C’est dans le premier roman de l’écrivain Le vol du pigeon voyageur qu’apparaît pour la première fois le personnage d’Eugenio Tramonti, ce journaliste un peu désabusé et rêveur qui vit avec Mariana, une compagne pleine de verve et de sagesse qui le fait souvent redescendre sur terre. On le retrouve avec plaisir dans La jubilation des hasards, qui vient de sortir chez Gallimard. Eugenio, héros et narrateur du roman va tenter de nous conter l’histoire étrange à laquelle il a été confronté. Mais ce récit il l’a déjà fait à son patron et à Mariana, ainsi le lecteur aura-t-il droit à trois versions imbriquées de cette histoire ? Une construction en abyme qui donne au lecteur captivé la sensation de dominer à la fois l’espace et le temps en le mettant sur le même plan que les personnages créés par l’écrivain. C’est pour le moins jubilatoire et Christian Garcin excelle à ce jeu vertigineux. Et ce qu’on va apprendre de Shoshana Stevens, la petite dame qui sonne à la porte d’Eugenio n’est pas pour clarifier l’impression que quelque chose de particulier se passe et que nos repères sont en train de vaciller. Car c’est de transmission des âmes qu’il va s’agir et c’est un Eugenio bien déstabilisé qui va prendre la décision de partir à New York pour en avoir le cœur net même s’il se dit que tout cela est tout à fait loufoque. Assailli par des rêves qui recoupent l’impossible récit, Eugenio, sceptique mais troublé par de multiples coïncidences, fasciné par ces terriers dans lesquels des hommes s’enferment pour ne plus souffrir, déambule dans un New York post 11 septembre à la recherche d’une réponse. Une écriture fluide, limpide, pleine d’ironie légère qui nous ouvre les portes d’un imaginaire foisonnant et d’un monde souterrain et complexe. À découvrir absolument ainsi que le très beau recueil de nouvelle La neige gelée ne permettait que de tout petits pas, paru chez Verdier. Les neuf nouvelles qui composent le livre sont toutes l’évocation d’un moment en dehors du temps quotidien, de ces interstices de lucidité qui provoquent souvent la fuite. Légères, aériennes presque, délicates et sensibles, ces nouvelles disent pourtant la gravité, la solitude, l’incompréhension ou plus rarement un vague espoir. On garde longtemps en mémoire l’image de cet homme qui attend devant chez lui, dans sa voiture, depuis des heures ou de celui-ci qui regarde tourner dans leur bocal les poissons rouges de son fils qui vit chez sa mère. (Françoise Folliot, librairie Le Square, Grenoble) Feuilletez l’inédit en ligne ! Les librairies
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