Aymard, Sylvie

Courir dans les bois sans désemparer

Maurice Nadeau
110 pages
14,00 €
 

En cette « rentrée » où les écrivains qui ont un nom arborent leur casquette en tirant une fois de plus, et -le plus souvent- laborieusement, à la ligne, un premier roman frais comme un sous-bois nous arrive, grâce à l’inusable « nez » de Maurice Nadeau, éditeur comme on n’en fait plus guère.

C’est un délice ce « courir dans les bois sans désemparer », un petit bijou de finesse et de sensibilité. Une femme nous y explique pourquoi, après avoir vécu des choses petites et risibles suivies d’un grand amour, elle estime aujourd’hui avoir le droit de se « nuire gravement sans déranger personne » et, pour ce faire, de courir les bois en espérant s’y faire piétiner par un sanglier.

Elle nous le dit avec un humour parfait, rien de cette dérision grinçante trop à la mode, non : un humour humain, fin, délicat. Et l’on rit beaucoup, au début, de la justesse de ses descriptions où la densité s’allie à la plus vivace légèreté. Oui, ça peut sembler paradoxal et pourtant c’est comme ça : une demi-page sur la guerre de 14 et tout est dit ! Un peu plus loin ce sont des hippies qui y ont droit : Paf ! Une seule page, mais...pas loupés les babs !

Puis on s’aperçoit que cet humour est la manifestation de cette fameuse politesse : celle qui habille d’élégance les peines et le désespoir. Et l’on n’en est que plus touché. Lorsqu’un légume sec est la seule chose qui vous rattache à la vie, le futur devient chiche. Elle est bien bonne, non ? Qu’est-ce qu’on se marre. Mais c’est quoi ce truc humide au fond de l’œil ?

Gérard Lambert-Ullmann

Voix Au Chapitre - Saint Nazaire, le 15 décembre 2007