Conte du bidonville
Giosué Calaciura
Ed. Les Allusifs
Traduit de l’italien par Lise Chapuis
14 €
C’est un bidonville d’Ouganda traversé par un fleuve puant, charriant sang, foutre et excréments, restes de crimes et larmes d’enfants. Une mère, Henriette, y cherche sa petite fille disparue sur le chemin de l’école et va, de bouches en bouches, glaner quelques témoignages d’hommes et de femmes, comme elle, fatigués de misère.
Son histoire, l’histoire de la pauvre-Henriette-qui-ne-trouvait-pas-sa-fille est devenue « un conte du bidonville », une récit déchirant et exemplaire que l’on raconte aux enfants affamés pour que la peur leur tienne au ventre bien mieux que les restes de restes qu’ils s’en vont pêcher dans la boue de ce fleuve solide et lent, dont les abords sont infestés d’insectes méchants et d’hommes encore plus sordidement intentionnés.
Et pourtant, rapporté sous la plume de Giosué Calaciura, ce Conte du bidonville est d’une beauté rare, une perle de littérature arrachée au plus sale de l’humanité. Prostitution, pédophilie, trafic d’organes, cérémonies sacrificielles, exploitation de l’homme sous toutes les formes possibles… Calaciura ne nous épargne rien de la réalité de ce coin perdu d’Afrique, ancienne colonie britannique désormais oubliée, sans pour autant ne jamais rien céder aux discours moralisateurs, évoquant même l’horreur avec un mélange de douceur et de langueur bouleversant.
Le lecteur ressort de ce court récit secoué et ébloui. Secoué par l’insondable cruauté de la nature humaine. Ebloui par l’exceptionnelle qualité d’écriture de cet auteur italien qui donne à son histoire de bidonville, une dimension universelle incontestable.
François Reynaud
Les Cordeliers - Romans sur Isère, le 7 juin 2009