W.J.T. Mitchell

Cloning Terror ou la guerre des images, du 11 septembre au présent

Les Prairies ordinaires
traduit de l’américain par M. Boidy et S. Roth
26 €
 

 

Professeur émérite de littérature et d’histoire de l’art, figure fondatrice des Visual Studies aux Etats-Unis, W.J.T Mitchell est l’auteur du très remarquable Iconologie, Image, texte, idéologie, ( Prairies ordinaires, 2009). Initiant un lien inédit entre l’avènement post 11 septembre 2001 d’une prolifération des images de la terreur (biopiction) et celui, au même moment de la clonophobie encouragée par l’administration Bush, il explique par l’exemple, dans Cloning Terror, comment faire de l’iconologie (étude des images à travers les médias) un outil indispensable pour comprendre le présent et (ré)agir en conséquence.
 
Guerre de la terreur suscitée par la couverture médiatique des événements terroristes, et guerre des clones par tous ceux qu’inquiètent la dimension bioéthique et biopolitique du clonage, deux combats menés de front par l’état américain en ce début du XXIe siècle. La terreur elle-même se clone très bien, comme l’a prouvé la décennie passée, avec comme hypericône ou mise en abîme de sa représentation les images d’Abou Ghraib, évoquant la part sombre et angoissante de l’iconographie chrétienne, semant la panique de par le monde (idée qui sera développée avec minutie et grande intelligence dans l’avant dernier chapitre du livre).
 
Toute Histoire contient en elle-même ses événements ET l’interprétation de ceux ci, par le discours et par l’image. L’instance visuelle est un moyen de fomenter puis de nourrir une idéologie. Telle une cellule infectieuse, la propagation de cette idéologie radicale prolifère de façon exponentielle grâce aujourd’hui à l’accélération de transmission et la démocratisation des nouveaux médias, dont la veille en est encore à ses balbutiements et la surveillance un semi-échec. Le clonage en est la métaphore maîtresse, ce que Mitchell appelle dans son essai la métapiction. Une icône planétaire, manipulant très facilement et souvent à son insue l’opinion publique. Or, l’image est une simulation. Voir une erreur. Le but poursuivi par Mitchell revient à démonter le processus malin qui confère une réalité à l’image ou une littéralité à la métaphore. Il ne s’agit aucunement, comme certains pourront le lui reprocher de jeter sur des événements dramatiques un voile de fausse pudeur, une froideur ou un déni. Mitchell ne réduit pas la guerre contre la terreur à un imaginaire ou une fiction. Il tente avec intelligence de défaire les modes opératoires mis en oeuvre par la transmission picturale. En sorte, il s’agit d’avantage de convertir un symptôme pathologique, la guerre globalisée de la terreur, la guerre clonique de l’image, pour en faire un outil de diagnostique, voir un instrument thérapeutique de résistance, "un traitement préventif contre l’amnésie historique". Car la guerre contre la terreur a été, est reste une puissante métaphore à la base de toute pensée stratégique américaine. Loin de baisser les bras, Mitchell tente d’implanter une pensée critique, une nouvelle phraséologie du présent social, éthique et politique.
 
Marie

 

 

Comme Un Roman - Paris 3e, le 10 octobre 2011