Chester Himes

Cercueil et Fossoyeur

Editions Gallimard « Quarto »
25 €
 

A la suite de Jean-Patrick Manchette, la célèbre collection « Quarto » éditée par Gallimard ouvre ses pages un autre grand nom des littératures policières : Chester Himes. Né en 1909 de parents instituteurs, Himes fréquente - chose rare pour l’époque - l’université. Mais il fréquente aussi la rue, les trafics, la drogue. Il n’a que dix-neuf ans lorsqu’il est condamné à vingt-cinq ans de prison pour cambriolage à main armée. C’est derrière les barreaux qu’il découvre Chandler, Hammett ou Dostoïevski et se lance dans l’écriture ; ses nouvelles sont rapidement éditées dans Esquire. A ce propos, lisez Justice blanche, misère noire de Donald Goines, dans lequel le narrateur fait la connaissance en prison d’un certain Chester Hines... Huit ans plus tard, il obtient une libération conditionnelle, vit difficilement, entre petits boulots et écriture.

Face aux problèmes d’emplois, de racisme ordinaire, de non reconnaissance du milieu littéraire, Himes rejoint l’Europe et la France, où il rencontre Marcel Duhamel. Celui-ci l’encourage à écrire des romans policiers : ainsi, en 1958, sort le désormais classique La reine des pommes en Série Noire.

Le lecteur retrouve les deux flics noirs, Ed Cercueil et Fossoyeur Jones, dans les huit romans regroupés dans ce « Quarto ». Leurs aventures quasi picaresques se déroulent dans le ghetto noir de New York, Harlem, et mettent en scène crise raciale, religion, domination et pouvoir. C’est l’histoire sociale d’une époque et d’un pays, de la misère noire au milieu du siècle. Electron libre, insaisissable, aussi critique des débordements de la communauté noire que des violences morales de l’hypocrite pouvoir blanc, Himes se bat contre l’Amérique toute entière. Lisez, en guise d’avant-propos, cet article de 1963 intitulé « Harlem ou le cancer de l’Amérique » dans lequel Himes se livre à une véritable étude historique, sociale et politique du quartier de Harlem dans une prose poétique rythmée et musicale. Comme l’écrit James Sallis dans sa biographie Chester Himes : une vie (trad. E. Cohen-Pourriat, Rivages, 2002) : « Himes se tenait pile au carrefour de la tradition et de l’innovation, il réunissait vestiges de la Renaissance de Harlem, énergie des nouveaux genres littéraires, métaphores et styles narratifs non réalistes propres à la littérature afro-américaine, quotidien de la rue qui l’entourait. » Apatride, Chester Himes meurt en 1984 à Alicante.

Renaud Junillion, Librairie Lucioles.

Lucioles - Vienne, le 19 décembre 2007