Sylvain Coher

Carénage

Actes sud
17 €
 
Peut-on aimer une machine plus qu’un être chéri ? Oui. Anton aime Leen, mais comme le chantait Édith Piaf « sa chienne de moto bien davantage ». Il faut dire que la Triumph, qu’on appelle ici « l’élégante » est plus qu’une machine.
Elle rugit comme un gros animal puissant et sensuel. Anton passe ses nuits à rouler, traversant des paysages peuplés de fantômes, des forêts menaçantes. Car on se souvient depuis le film Easy Rider, que le monde n’est pas tendre pour les cavaliers solitaires. Partout les chasseurs sont à l’affût.
Sylvain Coher, manifestement très documenté, décrit avec une rare précision l’ivresse et les vertiges de la vitesse. Son écriture très aboutie en épouse le rythme au plus près. Il nous questionne en même temps :vers quoi allons-nous si vite, sinon vers notre perte brutale, inévitable ? On ne finit jamais bien. Sur son blog, Claro fait judicieusement apparaître la proximité des mots « carénage » et « carnage ». On se gardera de raconter la fin, inattendue, admirable de ce roman qui se lit… c’est bien le moins, à deux cents à l’heure ! On est heureux que Sylvain Coher (après un précédent roman moins convaincant) nous revienne en grande forme, plus mûr, plus énergique.
Il mêle ici avec bonheur les registres du poétique et du fantastique, et la construction narrative est d’une grande rigueur. Heureux pour lui, enfin que ce texte soit publié aux très estimables éditions Actes Sud.
 
Alain Girard-Daudon
(chronique parue dans Encre de Loire n°57)

Vent d’Ouest - Nantes, le 21 septembre 2011