Littérature étrangère
Battement d’ailes

Milena Agus
Liana Levi
traduit de l’italien par Dominique Vittoz 153 pages
15,00€ €

« Sans magie, la vie a un goût d’épouvante »

C’est une histoire bien de notre temps. D’un côté, il y a les promoteurs immobiliers qui offrent des fortunes aux habitants d’un petit coin de Sardaigne pour pouvoir construire un village de vacances et tout recouvrir de béton. De l’autre, il y a celle qu’on appelle Madame et qui bloque tout parce que son terrain est en plein milieu des autres et le plus proche de la côte et qu’elle refuse obstinément de le vendre. Elle pourrait être riche, porter de belles robes, faire des voyages et avoir des amants mais elle préfère rester sur sa terre dans sa petite maison d’hôtes avec « Niki Niki » le coq, « Amélie » la vieille jument et « Ferrarina », une Ford de vingt ans d’âge mais qui démarre au quart de tour. A côté d’elle vivent deux familles : celle de la narratrice et celle des « voisins ».

De la première, on sait que le père n’est plus là, qu’il a tout perdu au jeu, que leurs appartements ont été saisis et qu’ils sont venus se réfugier dans la dernière propriété restante, à côté de chez Madame. Il y a le grand-père, un ancien professeur de philosophie qui semble se satisfaire de sa nouvelle vie de paysan et qui dit de Madame qu’elle est « « l’homme nouveau », l’unique type humain qui pourra survivre à la catastrophe actuelle car elle sait distinguer entre les babioles et ce qui compte dans la vie », la maman, qui est malade du dos et qui passe du lit au fauteuil, la tante, qui vit de ses bourses d’étude et qui travaille sur le côté irrationnel de la pensée de Leibniz, enfin notre narratrice, qui n’a toujours pas eu ses règles.

Chez les voisins, on retiendra le fils aîné, le « jazzman », qui vit à Paris, sa grand-mère, qui croit que son petit-fils est à la Sorbonne en génie du bâtiment, le père, qui rêve de construction écologique, et puis Pietrino, le futur grand marin. Mais il y a aussi le blessé, Gioia la Joie, l’amant premier, l’amant second, l’ex-femme de l’amant, les internautes, le Docteur Giovanni, Ariel le chat, le fantôme et ses amis.

Tout ce petit monde ressemble au meilleur monde possible « avec les monades qui, même si elles sont seules, sont en harmonie ». Alors, pourquoi le quitter ?

A l’heure où tout le monde parle de la baisse du pouvoir d’achat et où tout semble se cristalliser autour de cette question, ne serait-il pas temps de se demander ce que c’est, au fond, « être riche » ?

« Je voulais lui expliquer que désormais j’étais redevenue riche, parce que je possédais beaucoup de terrain, puis j’ai pensé que c’était une drôle de richesse car, vu que nous ne vendons pas, que nous devons reconstruire la maison d’hôtes et que l’assurance ne rembourse pas grand-chose, nous devrons nous serrer la ceinture et nous donnerons l’impression d’être sans-le-sou. Mais nous, nous saurons que nous sommes riches, et ça nous ira bien comme ça. »

Livre aux Trésors - Liège (Belgique), le 30 juin 2008

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