Baisers de cinéma- Prix Fémina 2007
Eric Fottorino
Editions Gallimard
190 pages
14,50 €
Après la mort d’un père finalement plus présent aujourd’hui qu’hier, le narrateur, avocat à ses instants perdus, rencontre Maylis, femme étrange et séductrice, en perpétuelle fuite d’elle-même et des autres. Pris dans un ballet fantasque et obsessionnel, mu par une fascination amoureuse éperdue, il aime sans pouvoir s’échapper. En contrepoint à cette passion sans retenue, depuis toujours sur les traces de sa mère, il traque dans les films laissés par son père, magicien de la lumière au cinéma, sur les visages de toutes les comédiennes, des traits qui lui ressemblent - « Je ne sais rien de mes origines. Je suis né à Paris de mère inconnue et mon père photographiait les héroïnes. Peu avant sa mort, il me confia que je devais mon existence à un baiser de cinéma »- nous avoue-t-il.
De « Ma nuit chez Maud » aux « Enfants du paradis », le lecteur définitivement soumis aux déambulations et aux passions du narrateur croise de magnifiques et mythiques actrices, invité dans les arcanes du cinéma auprès d’un faiseur de lumière superbe et mystérieux.
Le rythme du roman peu à peu s’accélère et la quête devenant enquête (avec au passage quelques clins d’oeil à Simenon), des personnages comme des faits, vont surgir des associations, voire des révélations extraordinaires. Hommage au cinéma et à quelques unes de ses figures légendaires, roman de la recherche des origines, texte sur la passion amoureuse, « Baisers de cinéma » se lit comme on écoute un morceau de musique. Le lecteur entend les instruments en sourdine, tout en étant entraîné par la voix dominante, il suit chaque mouvement, piano, forte, fortissimo jusqu’à l’apaisement final, après un dénouement en forme de mystère qui laisse à chacun la liberté d’imaginaire nécessaire à la réussite du roman.
Tour à tour sensuelle ou désincarnée, grave ou légère, intime ou irréelle, la tonalité subtile du texte d’Eric Fottorino nous laisse en tous cas un goût délicieux et des éblouissements lumineux comme après un rêve merveilleux. “Baisers de cinéma” ravira en outre tous les passionnés du 7ème art et les nostalgiques d’un certain âge d’or.
Le Square - Grenoble, le 14 décembre 2007