Littérature française
Asiles de fous

Régis Jauffret
Sortie en poche Folio, Gallimard
252 pages
5,80 €

« Mais je ne regrette pas de l’avoir aimé, même s’il était aussi incapable d’amour qu’un texte, une bande de mots contradictoires, indifférents, réversibles, dévastateurs, tendres, irresponsables, assassins, ou pareils à un rire qui aurait fusé cruel et triste. »

François (jeune cadre travailleur) quitte Gisèle (attachée commerciale au chômage). Incapable de lui annoncer sa décision, il envoie François (son père) pour s’acquitter de cette vilaine besogne. Plus tard, Solange (la mère de François) intervient, jugeant la rupture trop rapide : elle préfèrerait négocier à sa façon, prolonger leur relation afin de continuer à exercer son emprise de mère ultra possessive. Dans ce cadre narratif étroit — une histoire de couple contaminée par une histoire de famille —, les personnages dialoguent en solitaire (les tirets qui informent du changement d’interlocuteur se succèdent, alors qu’en fait c’est toujours la même personne qui parle). Chacun s’exprime, s’affirme et se soulage dans un déballage d’émotions, de rancoeurs enfouies, sautant de pensées malsaines en projections insensées, « une volée de paroles qui se perdaient comme des odeurs de cuisine ».

Après une mise en condition prudente, c’est comme si plus rien ne retenait les personnages d’aller jusqu’au bout de ce qu’ils ont gros sur le cœur, sur la conscience, « je vous ai promis la vérité, je vide mon cerveau devant vous comme un grenier ». Puis, soudain, un revirement. La parole devient plus compréhensive, presque affectueuse… Et cependant, ça et là du fiel continue de se déverser. Il n’y a pas de répit dans ce récit ; on ment, on dit la vérité, puis on se rétracte.

C’est d’amour qu’il s’agit, mais pris dans les dispositifs littéraires délirants de Jauffret qui maîtrise parfaitement une écriture à très haut débit, entêtante, soûlante parfois, mais toujours très stimulante. A ceux qui ne l’ont jamais lu, lisez Jauffret ; aux autres qui déjà l’aimez, Asiles de fous vous comblera.

Livre aux Trésors - Liège (Belgique), le 10 juin 2008

L’Ombre des voyageuses
Pelot, Pierre
Passer le pont
Pia Petersen
Excusez les fautes du copiste
Polet, Grégoire
L’homme qui marchait avec une balle dans la tête
Pollet-Villard, Philippe
Asiles de fous
Régis Jauffret
José
Richard Andrieux
Flowerbone
Robert Alexis
Le lieutenant-colonel de Maumort
Roger Martin Du Gard
Le buisson de Datura
Rossi, Paul Louis
Les Chiens écrasés
Roubaudi, Ludovic