|
Acteur et témoin
Henri Calet Mercure de France 231 pages 16,50 €
Il est des auteurs dont on garde toujours les oeuvres à portée de main. Henri Calet fait partie de ceux-là. Né en 1904 à Paris, de son vrai nom Raymond Théodore Barthelmess, Henri Calet dut quitter la capitale à l’âge de 10 ans pour rejoindre la famille de sa mère en Belgique. Après avoir suivi des études secondaires, il a exercé divers métiers (clerc d’huissier, employé, correcteur d’imprimerie ...) et a beaucoup voyagé. C’est durant un séjour aux Açores qu’il écrit son premier roman, La Belle Lurette, publié par Jean Paulhan en 1935. Il fait ainsi son entrée dans le monde littéraire avec cette oeuvre autobiographique d’une cruauté émouvante et corrosive. Puis paraissent Le Mérinos et Fièvre des polders, deux romans nourris des souvenirs d’enfance de Calet, peinture d’un monde à la fois dur et tendre. Calet est ensuite fait prisonnier en juin 1940 et s’évade 7 mois plus tard. C’est seulement en 1945 que paraît Le Bouquet, roman dans lequel Calet nous relate son emprisonnement. Pendant cinq années, il met de coté la littérature et exerce le métier de statisticien puis dirige une usine de céramique électrotechnique en Belgique. Il retourne à Paris en 1944, débute une carrière de journaliste et collabore à des émissions radiophoniques. Acteur et témoin (Mercure de France) est ainsi un recueil de ses articles écrits entre 1947 et 1955. On y retrouve les thèmes favoris d’Henri Calet : souvenirs d’enfance dans le Paris populaire ou en Belgique, description du monde des petites gens toujours attachants, voyages souvent cocasses... Son style est toujours d’une tendresse teintée de désespoir, d’une cruauté émouvante. Le trait précis fait mouche en quelques mots et nous livre une description de ses contemporains de l’intérieur, à « ras d’homme » comme il se plaisait à dire. Une écriture sincère riche de sa modestie. Mais ne vous y trompez pas, Calet sait aussi être cynique ! Il n’est qu’à lire cette scène d’anthologie de la tristecondition d’écrivain lors d’une séance de dédicace dans un grand magasin : « (...) Une dame s’est avancée, elle paraissait hésitante. Je me mettais à sa place, je sentais ce que cela pouvait avoir d’intimidant de s’adresser à un homme de lettres, j’aurais eu, comme elle, une attitude honteuse. Je lui ai souri, j’aurais voulu qu’elle comprît qu’un écrivain est, avant tout, un homme ; surtout un homme...
- Où trouve-t-on le blanc cellulosique ? a-t-elle murmuré. Non seulement j’ignorais où se trouve le blanc cellulosique, mais encore je ne sais pas ce que c’est.(...) A sa suite, il y a eu quelques personnes qui se sont enhardies. J’ai vendu des livres. Un prêtre en a soupesé un, longuement, il s’est enquis du prix ; il l’a estimé trop élevé. Je ne pouvais lui accorder une réduction. Puis, une vieille dame m’a abordé...
- Est-ce que vous avez... ? J’avais des livres de tout genre ; des souvenirs d’enfance, des impressions de captivité, un journal de voyage, et même un roman flamand...(...) J’ai eu aussi a répondre à une espèce de trappeur qui cherchait de l’outillage ; je commençais à me familiariser avec les lieux. On m’a souvent demandé le rayon des bas.
- Je crois, m’a dit la vendeuse, que l’exposition de blanc nous fait du tort. Ah, tout s’expliquait !
D. Vivier-Roz
Le Square - Grenoble, le 15 décembre 2007
|
|