Prix Lucioles 2008 - À moi pour toujours - Prix Lucioles 2008
Laura Kasischke
Christian Bourgois
402 pages
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Wicke
25 €
Prix Lucioles des Lecteurs
Où comment un simple billet doux d’un admirateur anonyme fait vaciller et finalement s’écrouler le bel édifice d’une vie – apparemment - heureuse et tranquille.
Sherry est professeur à l’Université. 40 ans : une maison confortable, un mari informaticien reconnu, un fils étudiant brillant et un tour de taille qu’elle juge tout à fait acceptable… Jusqu’au jour où elle retrouve dans son casier ce mot : « Sois à moi pour toujours ».
Peu à peu, les repères s’estompent et le doute, les interrogations sur la réussite sociale et familiale, sur le désir, sur les faux semblants entraînent Sherry – et le lecteur - dans une spirale d’une tension toujours plus forte, plus troublante.
Chez Laura Kasischke, derrière l’apparente harmonie familiale, l’ordre, la réussite sociale, se cachent des fissures qui n’attendent qu’un événement extérieur pour lézarder, s’épanouir et entraîner l’effondrement des fondations sur lesquels repose l’édifice personnel des femmes en cause. Précisons qu’il s’agit de femmes américaines.
La vie de Sherry coule tranquillement. Sa vie est la vie d’une femme simple. Une femme d’ici. Une mère, une épouse. La petite quarantaine, mariée avec Jon, un informaticien reconnu, elle vit dans une maison confortable. Son fils unique adoré Chad est un brillant étudiant de Berkeley. Elle enseigne l’anglais dans une petite université du Middle West américain. Elle a réussi à atteindre la quarantaine sans devenir boulotte...Tout pour être heureuse. Une vie immobile. Cette année là, le jour de la Saint Valentin, elle reçoit une brassée de roses de Jon, mais aussi un message anonyme : Sois à moi pour toujours. Elle trouve cela plutôt amusant, Jon, à qui elle en parle, plutôt émoustillant.
Ainsi elle peut encore susciter du désir ? Devrait-elle être excitée ? Ou bien offensée, agacée, apeurée peut-être. Les messages continuent d’affluer, de plus en plus insistants. Jon y voit une opportunité de remettre un peu de piquant dans leur couple qui ronronnait. Sherry essaie de trouver qui peut bien être l’expéditeur de ces lettres. Et peu à peu tout vacille. Ses repères s’estompent. Voici venu le temps des interrogations lucides sur la vie qu’elle a menée jusqu’alors.
Laura Kasischke dépeint avec acharnement et une joyeuse cruauté la société américaine contemporaine où la réussite sociale est friable et dissimule bien des fragilités. Elle sait remarquablement instiller le doute et le malaise dans des vies apparemment lisses et débusquer les clichés dans lesquels ses personnages cherchent à se protéger du temps qui passe.
n.b. du même auteur vient de paraître en poche La vie devant les yeux que j’ai vivement recommandé lors de sa sortie en grand format.
Jacques Griffault, Le Scribe
Le Scribe - Montauban, le 19 décembre 2007